Alfred Ra.mba.ud, op. cit., p
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Mulhausen, à Munster, on frémissait encore aux terribles souvenirs de la guerre de Trente ans. Paderborn, Osnabruck, Hildesheim, Halberstadt, Gosslar, Gœttingue, Marburg, Halle, étaient pleines de leurs traditions médiévales et des monuments qui les racontaient à tous les yeux. Par là, s'explique peut-être l'éclosion du mouvement insurrectionnel qui éclata contre le roi Jérôme, dès qu'on crut voir chanceler la fortune de Napoléon.
De même qu'il y avait deux royaumes dans l'Allemagne du Sud, Napoléon voulut en créer deux, également, dans l'Allemagne du Nord. A côté du royaume de Westphalie, il érigea, au traité de Tilsitt, l'Électorat de Saxe en royaume, au profit du sage et loyal Frédéric-Auguste. Napoléon le fit, en même temps, grandduc de Varsovie, ne pouvant, par égard pour l'Empereur de Russie, restaurer, pour l'instant, le royaume de Pologne, sur lequel la famille de l'Electeur de Saxe s'était autrefois acquis des droits. Frédéric- Auguste fut le dernier des Saxons à abandonner Napoléon, sur le champ de bataille de Leipzig : « Deux fois, s'écriaitil, il a été au pouvoir de Napoléon de me détruire, il ne l'a pas fait; je lui en aurai une gratitude éternelle. »
Tous ces rois, princes, grands-ducs, ducs et autres souverains, signataires de la Convention, déclarent former, sous le Protectorat de Napoléon, une Confédération à tout jamais séparée du Saint-Empire et dégagée de tout lien avec lui comme avec la Prusse. Ils s'engagent à ne jamais contracter d'alliance avec l'Autriche et la Prusse et à ne jamais servir dans leurs armées. Les intérêts communs de la Confédération devaient se traiter dans une Diète dont le siège fut fixé à Francfort.
Voilà l'Allemagne désormais morcelée suivant les indications de la géographie et des mœurs régionales, placée sous le puissant protectorat de Napoléon, et incapable d'inspirer à la France la moindre inquiétude de voisinage. Les nouveaux Etats forment notre clientèle bénévole. Ils ont l'autonomie politique, un certain esprit national, désintérêts indépendants, parfois même rivaux.
Que doivent-ils à Napoléon, en retour de ces bienfaits ?
Les Etats confédérés coopèrent à toutes ses campagnes, en lui fournissant des contingents et des contributions de guerre : telle est la rançon principale du nouveau régime. Il leur faut aussi se
plier aux idées et aux habitudes françaises, adopter le Code Napoléon, appliquer en toutes choses les principes d'égalité de la Révolution française. Tout cela, ils l'admettent, tant l'opinion publique est passionnée pour « l'Homme du Destin ». La Confédération germanique ou Rheinbund fut ce qu'on appela « l'Allemagne française », se substituant à ce qui avait été « l'Allemagne autrichienne » et à ce qui avait failli devenir « l'Allemagne prussienne ».
Comment, dit justement Alfred Rambaud, les princes de la Confédération n'eussent-ils pas été dévoués à Napoléon ? ils lui devaient tout. Il les avait, à la fois, affranchis du joug de l'Autriche et de l'avidité prussienne, rassurés vis-à-vis de la terreur que leur avait inspirée la Révolution, débarrassés de leurs incessantes querelles de voisinage. Il les avait enrichis, agrandis et il leur avait donné la » Souverainté pleine et entière ». Par lui, ils étaient devenus, de principicules allemands, des Puissances européennes. Les maisons de Bade, de Wurtemberg, de Bavière sont admises à l'honneur de s'allier par le sang aux Beauharnais et aux Bonaparte, comme, jadis, les alliances matrimoniales préparaient souvent ou scellaient les alliances ou les combinaisons politiques de la Monarchie française. Telle est la satisfaction et la joie de tous ces princes allemands, qu'ils sollicitent à tout propos l'intervention de l'Empereur. Napoléon est obligé de leur répondre par des déclarations comme celle-ci : a Le gouvernement des peuples que la Providence nous a confiés occupant tous nos moments, nous ne saurions voir croître nos obligations sans en être alarmé. » Il ne veut pas s'occuper des affaires intérieures de leurs États, à plus forte raison de leurs affaires privées. Un jour, le prince de Wittgenstein et Hohenstein va jusqu'à prier l'Empereur « d'accorder sa protection au fils dont la princesse son épouse vient d'accoucher ». C'était, remarque Rambaud, ne pas perdre de temps1. Nulle cour asiatique de l'antiquité ne vit pareilles démonstrations d'hommages, de sollicitations et d'obséquiosité débordante.
Le 1er janvier 1808, le duc George de Brunswick, le second