‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 193 sur 250 · Alprbd Rambaud, op. cit., p · texte numérisé non relu

Alprbd Rambaud, op. cit., p

yeux. Quel nom des temps modernes pourrait s'inscrire dans la liste des grands noms de l'ancien monde, avec plus de droits à l'immortalité que celui de Napoléon1?

L'esprit de parti s'est appliqué, plus tard, à dénigrer cette œuvre admirable, malheureusement éphémère, de Napoléon en Allemagne. On a dit qu'en dissolvant le Saint-Empire qui n'était qu'un fantôme d'État, Napoléon avait créé ou posé les bases de l'unité de l'Allemagne. Mais il faut se garder d'oublier que la régénération de ce pays était pour ainsi dire dans l'air ; que le grand Frédéric, en 1785, avait déjà projeté l'unification de l'Allemagne du Nord ; que la France avait admis en principe, au traité de Gampo-Formio, cette hégémonie de la Prusse au nord du Mein; enfin, que l'unification de l'Allemagne était dans les vœux de tous les Allemands : les écrivains du xvnie siècle en ont déjà conscience. Il va de soi que la France ne pouvait laisser la Prusse ou l'Autriche prendre la direction de ce mouvement unitaire ; il était sage et habile, non de le contrecarrer, ce qui eut été désastreux et sans doute impossible, mais de le diriger suivant les principes mêmes de la Révolution, qu'on venait d'appliquer en Italie, en Suisse et sur la rive gauche du Rhin, c'est-à-dire en aidant l'Allemagne à sortir de l'ornière féodale et en créant une suite d'Etats, de médiocre importance, entre la France d'une part, la Prusse et l'Autriche de l'autre. Rêver le maintien du chaos tudesque et du régime pourri et absurde du Saint-Empire en Allemagne, c'eut été courir au devant de cruels et rapides mécomptes; c'eut été laisser l'Autriche et la Prusse s'agrandir démesurément, à notre porte, jalouses, aigries par leurs défaites et le regret de leurs provinces perdues, avec leurs projets de reprises, leur soif de vengeance, leur haine pour tout ce qui était la Révolution française. Si, plus tard, la Prusse est revenue sur l'une et l'autre rive du Rhin, autant par notre faute que par la fourberie de sa diplomatie et l'àpreté de ses convoitises tolérées par l'Europe, ce n'est point une raison pour dénigrer le système politique dont le but essentiel était de l'en éloigner à tout jamais et de la cantonner chez elle.

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