‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 199 sur 250 · Th. Livallée, Us Frontières de la France, p · texte numérisé non relu

Th. Livallée, Us Frontières de la France, p

ses rois, parce qu'une nation valeureuse ne déchoit pas pour avoir, à son tour, éprouvé des revers dans une lutte opiniâtre et sanglante, où elle a combattu avec son audace accoutumée... »

Cette déclaration, aussi habile que peu sincère, comme les événements l'ont démontré, avait un double but: séparer la cause de Napoléon de celle de la Nation française, et gagner du temps pour permettre aux armées d'invasion de se rassembler et d'accourir. Malheureusement, la France ne vit point le piège qui lui était tendu; lasse de la guerre, elle ajouta foi à la Déclaration de Francfort et fit un grief à Napoléon de n'avoir pas, tout de suite, accepté ce qu'on considéra comme leur proposition de paix : la limite du Rhin.

Elle ne répondit que mollement à l'appel aux armes, au cri de détresse de l'Empereur. Des Français, des royalistes aidèrent les Alliés à renverser Napoléon et crurent voir dans sa chute une délivrance de la France ; c'était, du moins, le premier acte de la contre- Révolution.

Blucher passa le Rhin à Gaub, entre Bacharach et Saint-Goar, dans la nuit du 1er janvier 1814, à la tête de l'armée dite de Silésie. Schwartzenberg, violant la neutralité de la Suisse, avec l'armée de Bohême, pénétra en France par la trouée de Belfort. Bernadotte vint menacer la Belgique avec une armée de Suédois, de Prussiens et de Russes. Les Anglo-Espagnols franchirent les Pyrénées sous les ordres de Wellington. Napoléon qui ne disposait pas de 100.000 combattants, débordé de toutes parts, allait avoir sur les bras près d'un million d'ennemis.

Au début de son règne, Napoléon avait soigneusement inspecté les places fortes du Rhin, et considéré le grand fleuve comme l'infranchissable défense de la France. Mais cette tranchée fluviale bastionnée, avait besoin, à ses deux extrémités, de s'appuyer sur la neutralité de la Suisse et de la Hollande. Il fallait aussi que les places fortes du Rhin fussent occupées par des garnisons nombreuses. Or, la Hollande s'était soulevée contre la domination française et avait accueilli les Alliés; la Suisse, rompant avec toutes ses traditions et ses engagements formels, laissa passer les armées de l'Autriche qui allaient tourner celles

de Napoléon; enfin, les garnisons des forteresses rhénanes étaient tout à fait insuffisantes, même pour soutenir un siège. Grâce à leur immense supériorité numérique, les Coalisés purent négliger les forteresses, se contentant de les bloquer avec des corps d'observation. La situation était telle que, sans le génie et l'activité de Napoléon, l'ennemi eut pu se présenter sous les murs de Paris en moins de quinze jours.

Nos frontières étaient franchies de toutes parts, lorsque s'ouvrit le congrès de Chatillon où les Alliés, jetant le masque et croyant désormais superflu de cacher leurs projets, annoncèrent qu'ils avaient l'intention de ramener la France aux limites qu'elle avait avant la Révolution. Dès le 4 janvier 1814, Napoléon fit déclarer par son représentant au Congrès, le duc de Yicence, qu'il était disposé à accepter la limite du Rhin, suivant les propositions faites par les Alliés eux-mêmes, quelques semaines auparavant, à Francfort; mais qu'il ne céderait rien au delà, et qu'il ne consentirait jamais au démembrement de la France. <' La France sans ses limites naturelles, mande-t-il à son ambassadeur, ne serait plus en rapport avec les autres États de l'Europe. L'Angleterre et toutes les puissances ont reconnu c-es limites, à Francfort. Les conquêtes de la France en deçà du Rhin et des Alpes ne peuvent que compenser ce que l'Autriche, la Prusse, la Russie ont acquis en Pologne et en Finlande, ce que l'Angleterre a acquis en Asie... J'ai accepté les bases de Francfort, mais il est plus que probable que les Alliés ont d'autres idées... Veut-on réduire la France à ses anciennes limites, c'est l'avilir. Il n'y a pas un cœur français qui n'en sentit l'opprobre au bout de six mois, et qui ne le reprochât au gouvernement assez lâche pour le signer... »

« Pour ce qui est de lui, ajoutait-il le 17 janvier, il ne laisserait pas la France moins grande qu'il ne l'avait reçue. Si donc les Alliés voulaient changer les bases acceptées et proposer les limites anciennes, il ne voyait que trois partis : ou combattre et vaincre, ou combatre et mourir glorieusement, ou enfin, si la nation ne le soutenait pas, abdiquer1. »

Page 1