Th. Lavallék, le;; Frontières de la France, p
Les Alliés qui, alors, avaient eu le temps de se remettre de l'étourdissement de leurs premiers succès et qui se rendaient mieux compte de la faiblesse des moyens militaires dont disposait Napoléon, affectèrent de répondre que l'acceptation de la limite du Rhin par l'Empereur venait trop tard. Puis, leurs représentants rédigèrent le factum, intentionnellement amphigourique, qui suit :
Les Puissances alliées, réunissant le point de vue de la sûreté et de l'indépendance future de l'Europe, avec le désir de voir la France dans un état de possession analogue au rang qu'elle a toujours occupé dans le système politique, et considérant la situation dans laquelle l'Europe se trouve placée à l'égard de la France à la suite des succès obtenus par leurs armes ; les plénipotentiaires des cours alliées ont ordre de demander:
« Que la France rentre dans les limites qu"elle avait avant la Révolution, sauf des arrangements d'une convenance réciproque sur les portions de territoire au delà des limites de part et d'autre, et sauf des restitutions que. l'Angleterre est prête à faire pour l'intérêt général de l'Europe contre les rétrocessions ci-dessus demandées à la France ; qu'en conséquence la France abandonne toute influence directe hors de ses limites futures, et que la renonciation à tous les titres qui ressortant des rapports de souveraineté et de protectorat sur l'Italie, l'Allemagne et la Suisse, soit une suite immédiate de cet arrangement1. »
Ce qui signifie, presque sans qu'on s'en doute à la première lecture, que le 8 février, six semaines après leur solennel engagement de Francfort, les Alliés déclarent qu'ils entendent désormais ne point respecter les limites naturelles du Rhin et des Alpes pour la France, et qu'ils veulent ramener notre pays à ses frontières de 1789. Ils étaient, alors, parvenus au cœur de l'Empire ; ils connaissaient la situation précaire de l'Empereur, ses faibles ressources, l'opposition politique qui semait le' découragement, le désir général de paix. Ils voulaient profiter d'une fortune qu'ils n'eussent jamais osé espérer quelques semaines plus tôt. Ils faisaient donc la guerre non pas seulement à Napoléon, comme ils l'avaient proclamé, mais bien à la France où ils trouvaient pour alliée la hideuse politique, la contre-Révolution qui voulait effacer tout ce qui était sorti de la Révolution et de l'Empire !