QUELQUES MOTS AU LECTEUR VII
France et des conditions nécessaires de la paix. Le public a apprécié aussi dans le même sens les publications vigoureuses et démonstratives d'Albert Milhaud, de A. de Pouvourville, de Stephen Coubé. D'autres, se plaçant au point de vue commercial, ont parlé delà navigation du Rhin, dont V activité, en ces dernières années, tenait du prodige ; £ autres, statistiques en main, ont passé en revue les colossales industries chimiques, métallurgiques, textiles, du pays rhénan, hauts fourneaux , forges, fonderies, aciéries, manufactures. Des savants spéculatifs ont préconisé des conclusions ethnographiques, linguistiques, sociales.
Il y a aussi ceux qui dissertent en prenant pour thème quelque axiome philosophique de Raynal ou de Rousseau, des décrets philanthropiques et déclamatoires de la Convention.
J'ai voulu, de mon côté, et plus modestement, apporter ma pierre à la reconstruction de la France intégrale, pacifiée et pacifique, en me plaçant exclusivement au point de vue historique. J'ai tenté de jeter un regard rapide et sommaire sur la tradition française dans les contrées rhénanes, en m'instruisant aux recherches approfondies et originales des historiens et des écrivains contemporains, desFustel de Coulanges, des d'Arbois de Jubainville, des Albert Sorel, des Ernest Lavisse, des Camille Jullian, de beaucoup d'autres bons auteurs, et même de la pléiade trop nombreuse de ceux qui, dans le dernier tiers de siècle, n'ont pas su se mettre en garde contre les suggestions perfides de V érudition allemande et en ont fait pénétrer étourdiment les déductions jusque dans les manuels destinés à nos fils, sur les bancs du lycée. Dans le problème angoissant qui va se poser, l'argument historique ne saurait être dédaigné. Notre devoir n'est-il pas de recueillir précieusement la tradition française, de s'en inspirer et de continuer avec sagesse et fermeté à V acheminer graduellement vers les destinées que nos ancêtres lui ont préparées?
Il y a quelques mois, lorsque parut le premier volume de cet ouvrage sur le Rhin, qui a pour sous-titre Gaulois et Germains, des personnes bienveillantes, mais timorées, me dirent : « Tout ce que vous nous exposez là est bien vieux ; l'antiquité
gauloise et gallo-romaine est bien éloignée de nous; la tradition de la politique romaine sur le Rhin est perdue depuis de longs siècles; comment espérer la rétablir? Comment y revenir? »
Que signifie ce langage de renoncement, cette mentalité de vaincus et de résignés? Est-ce que le peuple allemand, lui, ne se réclame pas, présentement, des anciens Germains ? Est-ce que des fêtes ne sont pas organisées et périodiquement célébrées en V honneur d Arminius et de Witikind ? Est-ce que les Allemands n'ont pas élevé, avec du bronze français, des statues colossales à ces coryphées de la barbarie germaine, inaugurées au cri de : « Sus aux Français » ? Est-ce qu'on ne peut pas appliquer encore aux Allemands d'aujourd'hui ce mot de Tacite : Arminius. . . canitur adhuc barbaras apud gentes ?
Et nous, nous renoncerions à nous réclamer des Gaulois et des Gallo- Romains ? Est-ce que, d'ailleurs, les choses ont changé sur le Rhin ? Ecoutez et méditez, vous, esprits pusillanimes contre lesquels je m'élève, ce passage des Commentaires :
Sollicité par les Eduens et les Séquanes d' intervenir contre Arioviste, « César vit le péril qu'il y avait pour la République à laisser les Germains s habituer à passer le Rhin et à venir en grand nombre dans la Gaule. Ces peuples grossiers et barbares, une fois en possession de la Gaule entière, ne manqueraient pas, sans doute, à l'exemple des Cimbres et des Teutons de se jeter sur la Province romaine, et de là sur l'Italie ».
Ces paroles, prononcées il y a 2.000 ans, ne sont-elles pas d'hier? ne sont-elles pas actuelles ? N'est-ce pas là de l'histoire contemporaine aussi bien que gauloise? Les Cimbres et les Teutons sont revenus ; ils sont là !
De même que nous avons vu les Gallo- Romains, pendant cinq siècles, veiller en armes sur le Rhin, pour empêcher les dévastations germaines en Gaule, le présent volume montrerala France, qui remplaça la civilisation gallo-romaine et la continua, luttant sans relâche aussi, contre la barbarie germanique toujours envahissante. Aujourd'hui comme hier, c'est le même combat, que le théâtre en soit reporté en Alsace,