‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 202 sur 250 · LE TRAITÉ DE PARIS (30 MAI · texte numérisé non relu

LE TRAITÉ DE PARIS (30 MAI

L'abdication de l'Empereur à Fontainebleau et la restauration des Bourbons rendaient plus facile la conclusion de la paix. Tout le monde en France — les maréchaux de Napoléon euxmêmes — crut que les x\lliés tiendraient leurs engagements, feraient honneur à leur parole. Eux, qui avaient, tant de fois et solennellement, répété qu'ils ne faisaient pas la guerre à la France, mais à un homme, à l'empereur Napoléon, les voilà débarrassés de cet Homme qui se retire de la scène pour que la France ne soit pas amoindrie; vont-ils confirmer à la France, comme ils le promirent à Francfort, « une étendue de territoire qu'elle n'avait jamais eue sous ses rois », c'est-à-dire la limite du Rhin? Bien loin de là ! Une fois délivrés du cauchemar de la peur, leur timidité se mue en arrogance; ils jettent par-dessus bord, sans scrupule, promesses et engagements. Artisans habituels de fourberies et de violences, ils ne traitent pas mieux le gouvernement de Louis XVIII que Napoléon. Naguère encore, aux derniers jours de la monarchie française et durant la Révolution, ils s'étaient eux-mêmes, — on sait avec quelle âpre convoitise, — agrandis de la Pologne, de la Finlande, des Etats ecclésiastiques d'Allemagne, de ceux de la République de Venise; en conséquence, ils vont répétant « qu'ils sont animés dn seul désir de

voir l'Europe reconstruite sur une juste échelle de proportion entre les Puissances » . Comment ne pas ajouter foi à leursparoles, lorsqu'ils proclament qu'ils tiendront compte à la France de ses conquêtes révolutionnaires et impériales, en lui laissant, par compensation et par souci de « l'équilibre européen », sa limite du Rhin, qui eût pu, effectivement, devenir la garantie d'une paix de longue durée ?

Or, dès que Paris leur est livré par trahison, les Coalisés déclarent que leur intention est de ramener la France à ses limites du 1er janvier 1792, et cela, en affirmant, que, par là « ils respectent l'intégrité de l'ancienne France, telle qu'elle a existé sous ses souverains légitimes,... parce qu'il faut que la France soit grande et forte1 ». Quelle ironie amère !

Cette déclaration fut confirmée par la Convention du 23 avril 1814, que signa, avec une déplorable précipitation, le comte d'Artois, sur les conseils de Talleyrand, pour récolter quelque popularité malsaine en hâtant l'évacuation du territoire français; mais à quel prix !

Les Puissances alliées, est-il dit dans celle convention, feront évacuer par leurs armées le territoire français tel qu'il se trouvait le lBr janvier 1792, à mesure que les places occupées encore hors de ces limites par les troupes françaises seront évacuées et remises aux Alliés. Le lieutenant général du royaume de France (le comte d'Artois) donnera, en conséquence, aux commandants de ces places l'ordre de les remettre dans les termes suivants, savoir: les places situées sur le Rhin, non comprises dans les limites de la France du lor janvier 1792, et celles entre le Rhin et les mêmes limites, dans l'espace de dix jours, à dater de la signature du présent acte; les places du Piémont et des autres parties de l'Italie qui appartenaient à la France, dans celui de quinze jours, elc...

Par cet arrangement, nous abandonnâmes sans délai, non seulement les places fortes que nos armées occupaient encore en Allemagne, sur l'Elbe et sur l'Oder, mais celles de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin, avec leurs arsenaux et leurs approvisionnements. Le nombre en était de 58, avec 12.000 canons et un immense matériel de guerre. On se privait par là, à la légère et

Page 1