Th. La. vallée, les Frontières de la France, •. Lî-tO
brusquement, d'un gage qui nous eût nécessairement été compté dans les négociations ultérieures. L'artisan responsable de cette Convention néfaste, Talleyrand, trahit la France, comme il avait trahi l'Empereur, comme il va trahir encore au Congrès de Vienne les intérêts français.
L'effet de la Convention du 23 avril eut sa répercussion dans les stipulations du traité signé à Paris, le 30 mai suivant. La France, livrée pieds et poings liés à la discrétion de ses ennemis, ne reçut d'eux que d'insignifiantes améliorations linéaires à sa frontière de 1792, et ces légères rectifications, les Alliés — toujours habiles à manier l'ironie, eurent l'impudeur de les faire
valoir comme une marque de leur générosité magnanime envers notre pays. Après tout, qui eût pu, en effet, les empêcher de se partager la France comme ils s'étaient partagé la Pologne ?
Le royaume de France, dit l'article 2 du Traité de Paris, conserve l'intégrité de ses limites, telles qu'elles existaient à l'époque du 1er janvier 1792. 11 recevra, en outre, une augmentation de territoire comprise dans la ligne de démarcation fixée par l'article 3.
Du côléde la Belgique, de l'Allemagne et de l'Italie, dit cet article 3, l'ancienne frontière, ainsi qu'elle existait au 1er janvier 1792, sera rétablie, en commençant de la mer du Nord, entre Dunkerque et Nieuporl, jusqu'à la Méditerranée, entre Cannes et Nice, avec les rectifications suivantes :
4° Dans le département de Jemmapes, les cantons de Dour, Merbes-le- Château, Beaumont et Chimay resteront à la France;
2° Dans le département de Sambre-et-.Meuse, les cantons de Yalcour, Florennes, Beauraing et Gedinne appartiendront à la France ;
3° Dans le déparlement de la Moselle, la nouvelle démarcation, là où elle s'écarte de l'ancienne, sera tonnée par une ligne à tirer depuis Perle jusqu'à Fremesdorf, et par celle qui sépare le canton de ïholey du reste du département de la Moselle;
4° Dans le département de la Sarre, les cantons de Sarrebruck et d'Aineval resteront à la France, ainsi qu'une partie de celui de Lebach, etc.;
5° La forteresse de Landau ayant formé, avant l'année 1792, un point isolé dans l'Allemagne, la France conserve, au delà de ses frontières, une partie des départements du Mont-Tonnerre et du Bas-Rhin pour joindre la forteresse de Landau et son rayon au reste du royaume.
Quelques rectifications analogues furent aussi indiquées à notre avantage le long de la chaîne du Jura, de la Suisse, de la Savoie. On fit grand état de ce que les Alliés consentaient à
laisser à la France Montbéliard, Mulhouse, Avignon et le Goratat Venaissin, comme si ces enclaves eussent pu, jamais, être reprises par les Etrangers !
Enfin, l'article 32 dit : « Dans le délaide deux mois, toutes les Puissances qui ont été engagées de part et d'autre dans la présente guerre, enverront des plénipotentiaires à Vienne pour régler, dans un Congrès général, les arrangements qui doivent compléter les dispositions du présent Traité. »
Des articles secrets portaient « que les pays compris entre la mer, les frontières de la France, fixées par le présent traité et la Meuse, seraient à la Hollande; que les pays allemands de la rive gauche du Rhin, qui avaient été réunis à la France depuis 1792, serviraient à l'agrandissement des Pays-Bas et à des compensations pour la Prusse et autres Etats allemands ».
Telles furent, pour notre frontière de l'Est, les grandes lignes de la Convention du 30 mai, qui annulait les glorieux traités de Bâle, de Campo-Formio, de Lunéville, d'Amiens, de Presbourg, de Tilsitt, de Vienne. Nous retournions, après 23 années de guerres glorieuses, presque aux limites fixées par le traité d'Utrecht. Napoléon ayant été abandonné, c'est l'ombre de Louis XIV qui sortait du tombeau pour nous protéger contre les hommes de proie qui, abusant de la force et foulant aux pieds la parole donnée, trafiquaient de nos provinces et nous arrachaient des populations d'autant plus attachées à la France qu'elles venaient de verser héroïquement leur sang pour elle.