‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 21 sur 250 · I. Greg.Tlr., Vita Palrum, VI · texte numérisé non relu

I. Greg.Tlr., Vita Palrum, VI

d'Austrasiens, dans des intentions hostiles. Thierry, effrayé, accorda tout ce que voulait son frère : il céda toute l'Alsace. Le roi de Bourgogne était d'autant plus empêché de faire valoir ses droits, qu'il avait hâte de repousser les Alamans qui venaient de piller Avenches et de dévaster les vallées du Jura.

Une fois débarrassé des Alamans, Thierry, qui avait gardé rancune à son frère, écrivit à son oncle Clotaire II, à Paris, pour l'engager à faire la guerre à Théodebert. Leurs armées concentrées à Langres, s'avancèrent par Andelotet Naix jusqu'à Toul, où Théodebert fut battu. Le roi d'Austrasie prit la fuite par Metz et Trêves jusqu'à Cologne. Léonise, évêque de Mayence, se déclara contre lui. Le roi de Bourgogne, après avoir traversé la forêt des Ardennes, se heurta à l'armée de Théodebert, composée de hordes barbares venues de la rive droite du Rhin, Saxons, Thuringiens et autres pillards. Une terrible bataille s'engagea. « Il se fit un tel carnage, dit Frédégaire, que, là où les phalanges combattaient, les corps des hommes tués n'avaient pas de place pour tomber, et qu'ils demeuraient debout et serrés, les cadavres soutenant les cadavres, comme s'ils eussent été vivants. » Thierry, victorieux, entra dans Cologne; son frère Théodebert s'enfuit précipitamment au delà du Rhin. Un lieutenant de Thierry, Berthaire, l'y poursuivit et réussit à le capturer. Berthaire reçut en récompense de sa bravoure le cheval du roi avec sa housse. Théodebert fut conduit enchaîné à Ghalonsur-Sâone. Son jeune fils, Mérovée, avait été fait prisonnier avec lui : « un soldat le prenant par les pieds, le frappa contre une pierre et lui brisa le crâne. »

A la mort de Thierry II, en 613, le roi de Neustrie Clotaire II résolut de s'emparer de ses Etats, au détriment de ses quatre fils. L'aîné de ceux-ci, Sigebert, avait été intronisé en Austrasie par Brunehaut. Devant l'armée de Clotaire, Brunehaut quitta Metz avec le jeune Sigebert, pour se réfugier à Worms ; mais elle ne fut pas suivie par les leudes austrasiens. Ceux-ci, à leur tête Arnulf et Pépin, appelèrent Clotaire qui, par une marche rapide, atteignit Andernach. En vain, Brunehaut envoya à Clotaire une députation pour le fléchir ; en vain, l'exécrable reine dépêcha en Germanie Sigebert lui-même, ac-

LA REGION RHENANE A L'EPOQUE MEROVINGIENNE 33

compagne de Warnackaire, maire du Palais, pour enrôler des Thuringiens. Après que Brunehaut eut été livrée à Clotaire II qui la fit écarteler, l'unité de la Gaule jusqu'au Rhin fut de nouveau rétablie (613).

Durant ce vie siècle, la Germanie demeure, comme auparavant, une annexe barbare de la monarchie franque, nous dirions aujourd'hui un pays de protectorat. Quand on ouvre un Atlas géographique, comme celui dans lequel un éminent savant, Auguste Longnon, a disposé les résultats de ses recherches sur la géographie politique de la Gaule mérovingienne, on est porté à se faire illusion en voyant le royaume d'Austrasie installé largement sur les deux rives du Rhin. La même couleur teinte tout le pays, depuis Reims et les plaines de Champagne jusqu'aux sources du Weser, c'est-à-dire jusqu'aux confins des Thuringiens et des Saxons. Mais, pour être sous la domination franque, les deux rives du Rhin n'en sont pas moins, comme autrefois, bien différentes l'une de l'autre. Sur la rive gauche du fleuve, s'épanouissent et renaissent à la vie industrielle, commerciale, religieuse, toutes les villes que nous connaissons, depuis Constance et Bâle jusqu'à Cologne et Leyde. Sur la rive droite, il n'y a toujours rien, hormis des camps fortifiés et des refuges ; quelques résidences forestières que les rois se sont ménagées dans la forêt de Buchau, à peu de distance de Cologne, et qui leur servent de rendez-vous de chasse. Ainsi, c'est toujours le Rhin qui reste la limite de la civilisation. La Germanie ne cesse pas d'être le danger extérieur : c'est là que les rois francs, aux abois, vont recruter des auxiliaires féroces, des ennemis [hostes), qu'ils prennent à gages, lorsqu'ils veulent, comme Sigebert, en 562, livrer au pillage et à l'incendie quelque portion des royaumes de leurs voisins, en Gaule.

laustrasie sous les maires du palais, l'alsace mérovingienne

En 622, la trente-neuvième année de son règne, Clotaire II, roi de toute la Gaule, voulant satisfaire aux vœux, peut-être aux exigences des leudes austrasiens, associa à son trône son fils Dagobert ; il l'établit roi de la portion de l'Austrasie située à l'Est des Ardennes et des Vosges '. Dagobert qui n'était qu'un enfant, fut placé sous la double tutelle d'Arnulf, évêque de Metz, et du chef des leudes, le maire du Palais, Pépin de Landen.

On se tromperait en soupçonnant, dans cet acte politique, l'éveil de quelque tendance particulariste ou nationale des « Francs de l'Est » ou d'une partie des Austrasiens. Ce fut seulement, de la part des leudes, titulaires des charges de la cour, chefs des armées, propriétaires de grands domaines, l'occasion de satisfaire leurs visées d'affranchissement vis-à-vis du pouvoir royal, et de gouverner au nom d'un prince mineur, au mieux de leurs intérêts, de leur avidité et de leur indépendance individuelle. La meilleure preuve, c'est que, deux ans plus tard, au moment de son mariage, Dagobert, poussé de nouveau par ses leudes, demanda et obtint, non sans peine, que sa part du

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