E. Espérandieu, le Rhin français, p
n'y a pas jusqu'à son Électorat de Hanovre qu'elle n'ait enflé en royaume et bourré de quelques seigneuries. L'Autriche a augmenté ses possessions d'un tiers de la Pologne, des rognures de la Bavière, d'une partie de la Dalmalie et de l'Italie... La Prusse s'est agrandie du duché ou palatinat de Posen, d'un fragment de la Saxe et des principaux cercles du Rhin; son poste avancé est sur noire ancien territoire. La Russie a recouvré la Finlande et s'est établie sur les bords de la Vistule. Et nous, qu'avonsnous gagné à ces arrangements ? Nous avons été dépouillés de nos colonies ; notre vieux sol même n'a pas été respecté : Landau, détaché de la France, Huningue rasé, ouvrent une large brèche dans nos frontières. Un combat malheureux à nos armes suffirait pour amener l'ennemi sous les murs de Paris. Paris tombé, l'expérience a prouvé que la France tombe.
Ainsi, il est vrai de dire que notre indépendance nationale est livrée à la chance d'une seule bataille et à une guerre de huit jours. Le partage jaloux et imprudent du Congrès de Vienne nous obligerait, dans un temps donné, à transporter notre capitale de l'autre côté de la Loire... *
Chateaubriand était clairvoyant et pressentait Jes dangers de l'avenir. Devenu belliqueux après notre intervention en Espagne et la prise du Trocadéro, le 31 août 1823, où nos armes brillèrent d'un nouvel éclat, il s'écrie : « Avec de pareilles troupes on s'étonne que la France s'obstine à demeurer telle que Waterloo l'a faite. »
Informés de tels propos, les Prussiens prirent peur et se mirent à redouter une revanche de ia part des Français. Le duc de Rovigo, ambassadeur de France à Berlin, fit alors remarquer leur stupéfaction et leur changement d'attitude. D'arrogants, ils étaient devenus tout à coup respectueux, déférents, apeurés. Et d'autre part, Rovigo, raconte Chateaubriand, mande « que les provinces rhénanes étouffaient leur joie en silence, et croyaient que le canon de la Bidassoa avait résonné pour leur délivrance ; que Mayence était sans garnison, sans approvisionnements et prêt à être évacué : tout vit, là, disait-il, en attendant. La France redevint glorieuse en Espagne ; c'est sur le Rhin qu'elle redeviendra forte*1 ».
Chateaubriand triomphait ; il proclame bruyamment son aversion pour le traité de Vienne. « Le désir, dit-il, de rendre à