Chateaubriand, op. cit., t. I, pp
et qui fut si déplorablement abandonnée en 1809, après Wagram, pour l'alliance autrichienne et le mariage allemand.
En 4829, à la fin de la Restauration, sous le ministère de Polignac, la Russie, elle-même, prit l'initiative de suggérer au gouvernement français un agrandissement de territoire, en compensation des avantages que la guerre contre la Turquie venait de lui procurer, à elle-même. En réponse à ces avances, deux opinions se formèrent. Les uns, avec Chateaubriand, pensèrent que l'occasion était venue de réclamer la rive gauche du Rhin. « C'est là, dit Chateaubriand dans un Mémoire adressé au Roi, que tôt ou tard la France doit poser ses frontières, tant pour son honneur que pour sa sûreté. Les guerres de Napoléon ont divulgué un fatal secret, c'est qu'on peut arriver en quelques jours de marche à Paris, après une affaire heureuse ; c'est que ce même Paris est beaucoup trop près de la frontière. La capitale de la France ne sera à l'abri que quand nous posséderons la rive gauche du Rhin. » Le général Sébastiani disait, en janvier 1829 à lord Palmerston : « Savez-vous le moyen pour l'Angleterre d'acquérir l'amitié des Français ? La rive gauche du Rhin. »
L'autre parti auquel se rallia Polignac préféra l'agrandissement de la France par la Belgique, parce que ce pays nous appelait de tous ses vœux et qu'il était tout frémissant du joug hollandais. Comme au xvie siècle, il suffisait d'un signal pour y faire éclater l'insurrection et pour que nos bataillons y fussent reçus avec transport. La note lue par Polignac au Conseil des Ministres concluait :
« L'acquisition des provinces rhénanes nous donnerait une position toute menaçante et agressive envers l'Allemagne. L'Allemagne sentirait sa liberté et son indépendance menacées, et nous réunirions de nouveau contre nous, et la Prusse et l'Autriche, et toutes les puissances secondaires qui, pendant près de deux siècles, avant les jours sanglants de la Révolution, s'étaient accoutumées à voir dans la France une Puissance protectrice, gardienne de leur indépendance et de leur liberté : ce sentiment commence à renaître chez la plupart d'entre elles, et nous ne saurions trop le ménager. Si donc nous demandons la Belgique, nous pouvons avoir favorables à nos vœux, la Russie, la Prusse et toute l'Allemagne. Si nous demandons les provinces rhénanes, nous rencontrons une opposition in-
vincible dans la Prusse, dans l'Allemagne cnlière, dans l'Autriche et dans la Russie elle-même, qui ne se trouve plus intéressée à soutenir nos prétentions ; car, ce n'est que contre l'Angleterre que la Russie désire nous renforcer 1. »
La question était palpitante ; elle tint le Conseil en suspens pendant plusieurs semaines. Des représentants autorisés de la Belgique intervinrent et firent pencher la balance en faveur de leur pays. Le 4 septembre 1829, il fut décidé « que ce serait la Belgique, non les provinces rhénanes, que nous demanderions à la Russie, comme prix de notre alliance et de la liberté que nous lui donnions de s'annexer la Moldavie et la Valachie... Sur le Rhin nous ne réclamions que le rétablissement de notre frontière de 1814, par l'acquisition de Sarrebruck, Sarrelouis et Landau ».
Pour obtenir l'assentiment de l'Autriche à ce projet dont la réalisation nous eût donné la Belgique et le Luxembourg, le gouvernement de Charles X lui offrit la Bosnie, l'Herzégovine, la Croatie, la Dalmatie turque. En même temps, afin d'éviter le contact d'une nation aussi belliqueuse que la Prusse avec la frontière française, on reprenait le projet de transférer le roi de Saxe sur la rive gauche du Rhin, avec Aix-la-Chapelle pour capitale2. Quel eût été l'aboutissement de ces délicates négociations si la révolution de 1830 ne fût venue renverser Charles X ?