‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 214 sur 250 · SOUS LOUIS-PHILIPPE. — L'ÉMOTION DE · texte numérisé non relu

SOUS LOUIS-PHILIPPE. — L'ÉMOTION DE

Un gouvernement de tradition, sûr de lui-même et du lendemain, appuyé sur de solides alliances et en situation d'offrir des compensations, eût pu, en 1830, profiter de l'état des choses et de l'effervescence des esprits en Europe, et poursuivre avec avantage les pourparlers diplomatiques engagés sous le ministère de Polignac. Ce n'était guère le cas du régime issu de l'émeute des « Trois glorieuses ». Il n'était point en mesure de répondre au vœu du peuple rhénan « qui, sans doute, n'attendait qu'un signal pour se réunir à la France » mais qui, s'il avait le culte des souvenirs de la grande Monarchie française et de la gloire de Napoléon, ignorait tout à fait M. le duc d'Orléans.

« S'ils ne vont que jusqu'au Rhin, avait dit le roi de Prusse, en parlant des Français, je les laisserai faire1. » On pouvait donc, avec toutes chances de succès, négocier au moins une rectification de frontière. La seule hardiesse que se permit Louis-Philippe fut de coopérer à la révolution belge. Il envoya une armée faire le siège d'Anvers. De l'émancipation de la Belgique il tira un bon mariage pour sa fille, et ce fut tout; l'Angleterre l'empêcha de déférer aux vœux des Belges qui, à cette époque, de-

1. Voyez Correspondance cTEdgar Qlinet, août 1830; Emile Ollivier, l'Empire libéral, t. I, p. 231.

mandaient à être Français. Il fut aussi question d'annexer à la France le Luxembourg- qui le demandait. L'Angleterre encore s'opposa à cette combinaison et Louis-Philippe s'inclina. Alors, les Luxembourgeois réclamèrent leur réunion à la Belgique. La Conférence de Londres, en 1839, refusa et mutila arbitrairement le Duché pour le partager entre la Belgique et la Hollande.

Des députés et des journalistes, le général Lamarque, Armand Garrel, Mauguin voulaient que le gouvernement profitât de ces bouleversements pour recouvrer notre frontière rhénane dans le Palatinat et sur la Moselle. « De véritables hommes d'État, écrit Chateaubriand en 1838, ménageraient la réunion à la France des cercles catholiques du Rhin. » Ces voix fières et ardentes, de quelque horizon qu'elles partissent, furent étouffées sous les clameurs de la coterie des « libéraux », bourgeois doctrinaires et « nantis », qui, satisfaits d'avoir escaladé le pouvoir, déclarèrent que « la France acceptait l'arrangement des territoires et des possessions existantes, comme des faits accomplis ».

Chose humiliante ! cette attitude inopportune qui, sans que personne en Europe le demandât, rompait en visière avec la politique séculaire de la France, cette lamentable défaillance fut proclamée solennellement à la tribune parlementaire comme un titre de gloire. Parlant de l'intronisation des Prussiens sur la rive gauche du Rhin, qui était presque son œuvre exclusive, Talleyrand déclara : « J'ai préféré placer sur le Rhin la Prusse (à la place du roi de Saxe), parce qu'à un certain moment il sera possible de lui arracher les provinces rhénanes, ce qui serait cruel et impraticable si elles étaient devenues, entre les mains du roi de Saxe, la compensation d'un trône perdu1. »

« La France, répètent en chœur les représentants du même parti triomphant, a voulu rester dans sa mission de paix, de civilisation, de liberté; elle n'a songé qu'au bonheur des peuples. »

Et La Fayette, donc! écoutez-le : « La France pouvait faire une guerre de principe ou, en d'autres termes, de propagande; elle ne l'a pas voulu. Elle pouvait faire une guerre d'ambition,

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