Cilé par Ém. Ollivier, VEmpire libéral, t. I, p
chercher à recouvrer ces millions d'âmes dont la Sainte-Alliance avait disposé sans leur aveu ; elle ne l'a pas voulu non plus » (Discours du 15 août 1831). Et quelques mois plus tard, renchérissant sur cette phraséologie où la solennité le dispute à la niaiserie, La Fayette s'oublie jusqu'à dire : « La nationalité allemande nous est aussi chère, à nous, Français, qu'elle l'est à la Germanie elle-même. » (Discours du 9 avril 1832.) Il venait d'écrire à Barthe, le 14 février : « Ne souffrez pas... que des erreurs patriotiques qui ne sont aujourd'hui que des anachronismes, retardent cette entière et affectueuse confiance (entre Français et Allemands) dont nous avons mutuellement besoin. » Et pourtant, l'amie de Talleyrand, Mme de Staël, avait écrit : « Le patriotisme des nations doit être égoïste. » Et cela est juste.
Ainsi, le gouvernement résiste à l'opinion publique et prend son parti du brigandage diplomatique de 1815; chancelant sur ses bases, il a peur de la moindre secousse et c'est la France qui en pâtit ; il se fait une âme de vaincu. Seuls, les partis d'opposition deviennent les champions de l'intérêt national, les gardiens de notre tradition séculaire, de notre sécurité future et de notre protestation imprescriptible.
« Pendant la Restauration, observe justement Edgar Quinet, la France, garrottée par les invasions, et prisonnière de guerre, n'avait pas accepté la violence qui lui avait été faite; elle était accablée, non résignée; son bras était vaincu, non pas son esprit. Mais après 1830, bien que le même droit public subsistât, il parut que la France admettait son asservissement, qu'elle confirmait sa chute et mettait elle-même volontairement le sceau à sa défaite. Ce qui, jusque-là, avait semblé violence, prit le nom de légalité, puisque, par cette libre adhésion, tout un peuple se faisait, en apparence, complice de sa ruine1. »
Avec la sérénité de l'inconscience, la France, par l'organe de son Gouvernement, reniait des populations qui, durant un quart de siècle, lui avaient donné le plus pur de leur sang et tendaient les bras vers elle, pour être délivrées de l'oppression prussienne. On leur imposait donc, en quelque sorte, la résignation. Dans