Thureau-DangiiI, op. cit., t. IV, p
2. Saint-Rem!: Taillandier, Dix ans de l'histoire d'Allemagne, préface; cf. Tiiwreau-Dangin, op. cit., t. IV, p. 316; Emile Ollivier, l'Empire Libéral, t. 1, p. 416; t. V, p. 526.
Partout on invoque le Ghérusque Arminius, le grand ancêtre de la race; les érudits trouvent des arguments pour l'annexion à l'Allemagne, de l'Alsace, delà Franche-Comté, delà Lorraine, de la Bourgogne, du Luxembourg, de la Belgique; les Prussiens, hallucinés comme les pangermanistes d'aujourd'hui, se déclarent les héritiers de Charlemagne et de Charles le Téméraire.
C'est alors qu'au milieu de ce souffle de haine et de ces productions ridicules d'une érudition qui falsifie l'histoire, parait le « Chant du Rhin » (Rkeinlied) , du petit greffier Nicolas Becker, où le Rhin, bien qu'il fût de nouveau opprimé par la féodalité allemande, est appelé « le libre Rhin allemand » et où les Français sont traités de « corbeaux avides ». A ce médiocre chant de rage, Alfred de Musset répondit par de nobles strophes qui sont encore dans toutes les mémoires. Vers la même époque, Max Schneckenburger, fils d'un petit commerçant Wurtembergeois, produisit sa Wacht am Rhein ou « Garde au Rhin », pauvre élucubration de six couplets, qui ne mérite guère sa popularité i. Celui-ci fustige les Allemands du Rhin et ceux du Sud, qui ont conservé leur sympathie aux Français. Il les regarde comme atteints d'une maladie mentale qu'il appelle das Franzôsismus. Schneckenburger, raconte Arthur Chuquet, est furieux de constater qu'il y a encore « en Allemagne, surtout dans le Sud, trop de Napoleonsnarren ou des gens hantés de la folie napoléonienne- ».
Enfin, le 26 août 1841, le chansonnier populaire Hoffmann de Fallersleben composa, dans l'île d'Heligoland, son fameux chant Deutschland iiber Ailes «, l'Allemagne au-dessus de tout ». Arndt et d'autres poètes d'occasion menaçaient aussi la France par des chansons qui n'ont de souffle que la haine. On était revenu au temps des ululatus barbares de la forêt germaine.
En France, une voix s'éleva aussi, ce fut celle d'un pacifiste sentimental, Lamartine : il eut la naïveté d'écrire un hymne à
1. On a souvent confondu la chanson de Nicolas Becker et celle de Max Schneckenburger. Voyez l'étude de M. Arthur Chuquet, dans la Revue hebdomadaire, juillet 1915, p. 147 et suiv.