Cité par Em. Olliyier, l'Empire libéral, t. I, p
pareil dans l'histoire ; qu'elle reprendra l'Alsace et la Lorraine ; qu'elle devancera les Français par Faction comme elle les a devancés par la pensée et qu'elle saura imposer au monde son autorité. » — « J'ai souvent pensé, écrivait Heine, à cette mission, à cette domination universelle de l'Allemagne, lorsque je me promenais avec mes rêves sous les sapins éternellement verts de ma patrie1. »
Six ans plus tard, en 1842, le Zollverein, renouvelé pour une période de douze ans, reçut l'adhésion de presque toute l'Allemagne, sauf le Hanovre, le Mecklembourg et les villes hanséatiques. P. Faugère, en France, jette un cri d'alarme : « Ne vous y trompez pas, c'est l'unité politique de l'Allemagne ; elle est au fond des cœurs ; l'instinct secret des peuples la souhaite et l'attend2. » Metternich, épouvanté au nom de l'Autriche, s'écrie « C'est l'événement le plus considérable du siècle! » Englobées dans le mouvement, les populations rhénanes se prussifiaient avec d'autant plus de laisser-aller, qu'elles bénéficiaient de l'Union; et puis, le Gouvernement français n'avait-il pas déclaré qu'il renonçait à toute revendication rhénane ! « Joignez à cela, écrit Edgar Quinet, que les traités ne sont pas une chose morte, qu'ils ont une vie propre, une influence continue;... qu'ils courbent insensiblement beaucoup d'esprits qui d'abord résistaient; que par là, leur fardeau s'aggrave en durant. Le pays, conservant dans sa plaie le fer de l'étranger, sans plus songer à l'arracher, le mal croît en silence ; la paix devient aussi funeste que la guerre3. » Le virus prussien rongeait à la longue le pays rhénan. N'en avons-nous pas, nous-mêmes, observé quelques symptômes, au cours des quarante dernières années, en Alsace-Lorraine ? Les populations finissent par prendre plus ou moins leur parti du régime que leur imposent leurs oppresseurs : des défections se produisent dans les rangs des nouvelles générations, surtout si l'idée du retour à la patrie n'est plus soutenue par la nation qui a la mission de l'entretenir comme un feu sacré.
1. Voyez Arthur Chuquet, dans la Revue hebdomadaire, 1915, loc. cil.