Edgar Quihet, 1815 et IS'iO (Pari», i
Aussi, après l'explosion avortée de 1840, l'état des esprits se modifia généralement dans les provinces rhénanes ; les relations personnelles et familiales avec la France s'espacèrent et devinrent comme un souvenir d'autrefois. Beaucoup n'écoutaient plus qu'en curieux émerveillés les récits des vieux soldats de Napoléon. On oubliait si bien le brigandage diplomatique de 1815, que l'éminent historien de la monarchie de Juillet, Thureau-Dangin, a pu écrire que déjà en 1840, l'intérêt évident de la France était de ne pas bouger, de ne pas réveiller la question du Rhin ! Louis-Philippe, d'ailleurs, ne bougea jamais, qu'à reculons : c'est peut-être ce qui le fit tomber. A un moment donné pourtant, il fit l'effort de déclarer que si l'armée prussienne entrait en Pologne, nos troupes envahiraient la province rhénane : ce ne fut qu'un accès platonique de mauvaise humeur. Le roi abstentionniste conseilla, d'ailleurs, aux Polonais « de ne pas bouger ».
Plus hardis, les républicains de 1848, engagèrent, au contraire, les Polonais à « bouger » et promirent de voler à leur secours, contre la Russie. Ils ne redoutaient rien, eux, de l'unité allemande : songez-donc ! leurs théories révolutionnaires trouvaient un écho retentissant chez les intellectuels et les politiciens allemands, tout comme en 1792 ! Ils ne s'aperçoivent pas que les pangermanistes en sont outrés ! que ceux-ci gardent l'espoir de reprendre l'Alsace, la Lorraine et bien d'autres choses encore, quand le moment sera venu, pour la Prusse, de faire gronder son tonnerre. L'auteur de la Wacht amR/iein, Schneckenburger, appréhende que, cette fois encore, l'Allemagne rhénane veuille imiter la France ! Le poète se demande si « les histoires des clubistes deMayence ne vont point recommencer. Il déplore, raconte Arthur Ghuquet, le « rôle de singes » que jouent les Allemands et il leur reproche de se faire « les misérables trabans de la grande République mère » . Il s'indigne de l'avènement des « démagogues1 ». Il s'exalte de nouveau contre la la France, foyer de tout le mal. Mais les voix des pangermanistes ne sont pas entendues en France. On n'y écoute que le refrain