‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 225 sur 250 · DE 1866 A · texte numérisé non relu

DE 1866 A

Tout le monde, en Europe, pensait que la guerre serait longue, sans doute mêlée de succès et de revers pour les deux nations. Napoléon III s'était abstenu de répondre aux avances de Bismarck, parce qu'il se proposait d'intervenir lorsque les belligérants seraient affaiblis l'un par l'autre. Il croyait être amené par les événements à donner son concours à la Prusse ou à l'Autriche, au mieux des intérêts de la France, et se faire restituer la rive gauche du Rhin, peut-être sans avoir à tirer l'épée.

Qui eût soupçonné, en effet, qu'il suffirait d'une bataille pour mettre à bas T Autriche et la contraindre à signer hâtivement la paix de Prague qui fit de la Prusse la maîtresse sans rivale de l'Allemagne? En France, on fut dans la stupéfaction. Non seulement il fallut se résigner à voir s'accomplir l'unification de l'Allemagne, mais on put prévoir comme inéluctable, une guerre terrible entre la France et la Prusse : voilà où aboutissaient la politique de renoncement et les occasions si souvent manquées depuis 1815. Du jour de Sadowa, l'attitude des diplomates français et prussiens se modifie et s'intervertit. Jusque-là, Bismarck avait été prévenant, doucereux, solliciteur ; les nôtres parlaient avec fierté, discutaient avec autorité, faisaient désirer notre concours. Désormais, Bismarck est le Teuton arrogant et sans

retenue, inexorable, persifleur, sans scrupule, avec la même hypocrisie. C'est lui que nos ambassadeurs sollicitent; c'est de sa bienveillance qu'ils espèrent obtenir des concessions, des compensations que la Prusse, disait-on, ne saurait refuser sans se rendre coupable de la plus noire ingratitude ! C'est Bismarck, à présent, qui mène le concert européen.

Dès le 21 juillet 1866, trois semaines après Sadowa, Edgard Quinet, avec une perception nette de la situation internationale créée parles événements, écrit : « ... On a déchaîné l'Allemagne, et l'Allemagne, je la connais, ne s'arrêtera pas; elle grandira, elle sentira ses forces, elle nous les fera sentir; elle aspirera à nous remplacer, à nous déprimer, à nous effacer, à nous avilir, et tout cela aura été l'œuvre antifrançaise, antinationale, je pourrais dire anti-napoléonienne des gens que vous savez1. » Et Proudhon écrit ces prophétiques paroles : « Peu à peu le travailleur belge, allemand, anglais envahira la France, écrasera par la concurrence l'indigène. Alors, la France sera enlevée par l'auxiliaire étranger, comme l'Empire romain par les auxiliaires barbares ; la race sera refoulée peu à peu par de plus forts qu'elle2. »

Il est vrai que d'autres Français s'illusionnaient. Edmond About écrit, dans son livre la Prusse en 1860 : « Nous ne craindrions pas davantage trente-deux millions d'Allemands sur la frontière orientale. » Peut-être, dirons-nous, mais à la condition, atout le moins, que ce conglomérat allemand se fît au delà du Rhin, comme l'unité italienne s'était constituée au delà des Alpes.

Après Sadowa, la Prusse n'eut qu'à étendre ses bras de pieuvre pour prendre successivement, par intimidation ou par « le fer et le sang », tous les Etats de l'Allemagne du Nord, jusquau Mein. Cette œuvre d'absorption, commencée en août 1866, était achevée en septembre 1867 : le royaume de Hanovre, l'Électorat de Hesse, le duché de Nassau, la ville libre de Francfort et une vingtaine d'autres Etats y passèrent, ainsi que Mayence et le grand-duché de Hesse-Darmstadt. Voilà, dans la main de Bismarck, la Confédération de l'Allemagne du Nord.

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