Quihet, Correspondance. Lettre du 21 juillet 18<J
2. Proudhon, France et Rhin, p. 74 (œuvre posthume, publiée en 1867).
Il y eut des mécontents en Allemagne. En exploitant ces murmures, le gouvernement français eût pu, semble-t-il, à cette époque encore, exiger de la Prusse une rectification de frontière sur la Sarre et sur la Moselle. Mais il fallait se hâter, l'arrogance et l'ambition de la Prusse grandissaient avec ses succès militaires et la timidité de notre diplomatie en désarroi. Tout de suite, dès 1866, Bismarck avait prévenu l'ambassadeur prussien à Paris, Goltz, que si la question de la frontière rhénane était soulevée désormais par le gouvernement français, « il opposerait un refus net à toute demande de cession d'une terre allemande ».
Et comme l'astucieux et triomphant Prussien prévoyait bien que la France essayerait d'obtenir quelques compensations en échange de notre complaisance passée, il tint à notre représentant à Berlin, Lefebvre de Béhaine, cet ironique langage : « Votre situation est bien simple, il faut aller trouver le roi des Belges, lui dire que les agrandissements politiques et territoriaux de la Prusse vous paraissent inquiétants ; qu'il n'y a qu'un moyen, pour vous, de parer à des éventualités dangereuses et de rétablir l'équilibre dans des conditions rassurantes : ce moyen, c'est d'unir les destinées de la Belgique aux vôtres par des liens si étroits que cette monarchie, dont l'autonomie serait d'ailleurs respectée, devienne, au Nord, le véritable boulevard de la France rentrée dans l'exercice de ses droits naturels1. »
Pendant ce temps, notre ambassadeur à Vienne, M. de Gramont, conseillait une démonstration militaire sur la frontière de la Prusse, et au besoin l'occupation des Provinces rhénanes, ce qui, à son jugement, eût été facile. Il se fondait sur l'attitude courroucée des États de l'Allemagne du Sud qui, croyait-il, ne devaient jamais accepter l'hégémonie delà Prusse. Sadowa avait effectivement jeté ces États dans la plus grande perplexité. N'étant plus protégés par l'Autriche, menacés par la Prusse et tremblant pour leur indépendance, leurs gouvernements sollicitaient l'intervention de la France : c'étaient des scènes renouvelées de la guerre de Trente ans, mais nous n'avions pas de Ri-