P. de la Gorce, Hist. du Second Empire, t. V, p
protectorat, ils se tournaient naturellement de notre côté. Bismarck affirma à notre ambassadeur Benedetti, à diverses reprises, qu'il laisserait faire par la France l'acquisition du Luxembourg, et qu'il « grognerait » seulement pour la forme. En France, le Gouvernement prépara tout pour que cette acquisition fût acceptée par le suffrage universel dans la Principauté, Napoléon III ne voulant point annexer de territoire sans l'assentiment des habitants : c'est ainsi qu'il avait procédé pour Nice et la Savoie. On convint d'offrir au roi de Hollande une indemnité pécuniaire. Puis, au moment où le traité allait être signé, Bismarck, se dérobant, demanda d'ajourner la signature jusqu'à ce que le Reischtag ne fût plus en session; il se fit, dès le lendemain, interpeller sur cette affaire, et un vote du Reischtag demanda au gouvernement prussien de s'opposer à la cession. Le tour était joué. Décidément, nos gouvernements ne comprirent jamais qu'en face d'un adversaire comme Bismarck, il n'y avait qu'une attitude à prendre : armer la France jusqu'aux dents et se faire craindre : du jour au lendemain, l'astucieux Prussien fût devenu plat valet.
La conférence internationale de Londres, en avril 1867, déclara la neutralité du Luxembourg, sous la souveraineté de la maison d'Orange-Nassau; elle décida, à la vérité, l'évacuation de la garnison prussienne et le démantellement de la vieille forteresse. Mais c'était là une garantie et une satisfaction bien modestes données à la France, en regard des immenses et inquiétants accroissements territoriaux de la Prusse en Allemagne et sur la rive gauche du Rhin.