‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 23 sur 250 · E. Lavisse, Hist. de France, t. II, I" partie, p · texte numérisé non relu

E. Lavisse, Hist. de France, t. II, I" partie, p

II était païen et il prit part, en 687, à la fameuse bataille de Tertry, qui assura la prépondérance de la famille des Arnulfings. La légende de la conversion de cet intrépide chasseur est demeurée populaire jusqu'à nos jours. Devenu évêque, Hubert transféra son siège à Liège qui, par lui, fut rapidement une grande et belle cité. Le nord de l'Austrasie, plus rempli de Barbares que tout le reste de la Gaule, se transformait ainsi peu à peu, sous l'action des évèques et des moines.

Sous le principat de Pépin d'Héristal et les rois fainéants, les évêques et les missionnaires inaugurent leur grand dessein de l'évangélisation de la Germanie. C'est par le christianisme que les Germains entreront enfin dans la civilisation. On commença par les Frisons, et ce furent des missionnaires anglo-saxons qui en eurent la gloire. D'Angleterre, saint Willibrod, en 695, passe en Frise avec onze missionnaires et fonde l'évêché d'Utrecht. Pépin d'Héristal fait contruire sur l'un de ses domaines le monastère d'Echternach, dans l'Eifel, pour les missionnaires de Willibrod.

Le duc des Frisons, Radbod, se fit baptiser et donna sa fille à Grinwald, fils de Pépin, alliance qui rattacha la Frise et les bouches du Rhin au royaume des Francs. Pendant que l'apôtre de la Franconie, Kilian, subissait le martyre à Wurzbourg, Pépin d'Héristal, poursuivant les Alamans jusqu'au lac de Constance, les contraignait à reconnaître sa suzeraineté ; enfin, les Bavarois, convertis par saint Rupert, acceptaient aussi la domination des Francs de la Gaule.

Mais ces conquêtes étaient éphémères, et ces conversions, de pure forme. Les expéditions des Francs de l'autre côté du Rhin ressemblaient à des tournées de police armée, qu'il fallait sans sans cesse recommencer. En 716 et 717, Charles Martel parcourt le pays des Frisons et la Belgique jusqu'à Cambrai, pour réprimer des révoltes locales; à plusieurs reprises, il passe le Rhin pour dompter les Saxons du Weser ; de 725 à 734, il guerroie contre les Alamans et les Bavarois, secondant partout l'œuvre d'évangélisation qu'il sait la meilleure garantie de la domination des Francs. Mais la tâche des missionnaires est difficile. Ils ont surtout à lutter contre la persistance des coutumes odiniques,

LA RÉGION HHÉNANE A L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE 3y

qu'ils ne parviendront à extirper qu'au bout de longs siècles d'efforts continus. Chez les Alamans, par exemple, Pirmin, le fondateur du monastère de Reichenau, s'attire les colères du duc Theutbald en faisant la guerre aux superstitions païennes et aux cultes des divinités odiniques Freia et Holla1. Réfugié en Alsace, Pirmin y crée ou réforme les monastères de Murbach, Marmoutiers, Neuviller ; il est favorisé par les ducs et les comtes francs du pays.

Depuis Glovis, l'Alsace toute entière n'avait jamais cessé de faire partie du royaume des Francs (regnumFrancorum), qu'elle fut rattachée à l'Austrasie ou à la Bourgogne devenue franque elle-même. Les deux civitales entre lesquelles les Romains avaient partagé le pays, celle de Strasbourg et celle de Bâle, avaient pour limite la petite rivière d'Eckenbach, au nord de Golmar [Argentovaria); elle est encore dénommée aujourd'hui le Landgraben « fossé provincial ». Plus tard, les deux comtés ou landgraviats s'appelèrent le comté du Sundgau (pagus meridionalis) ou Haute Alsace, et le comté du Nordgau (vagus septentrionales) , la Basse Alsace.

Quant au nom de l'Alsace lui-même, qui désigne l'ensemble des deux comtés, il n'est pas antérieur au début du vir3 siècle. A cette époque, Frédégaire et les ehartes de Wissembourg appellent le pays, pagus Alsatius ou Alisacense, Alisatla ou Alesatia ; ses habitants sont les Alesaciones. Parmi les étymologistes, les uns ont voulu dériver le nom d'Alsace, en allemand Elsass, de celui de 1*111 ou Eli qui arrose toute la contrée, parallèlement au Rhin ; mais la forme la plus ancienne du nom de l'Ill est Illa, d'où il est difficile de faire dériver Alisatia. C'est pourquoi Pfister préfère l'opinion suivant laquelle le nom Alesaciones, donné par Frédégaire, signifierait <t les hommes établis sur la terre étrangère ». Il aurait été donné « par les Alamans de la rive droite du Rhin à ceux de leurs compatriotes qui, les premiers, prirent pied sur la rive romaine du grand fleuve2 ». Les Alamans considéraient donc la rive gauche du Rhin comme « terre étrangère » par rapport à leur pays. Signa-

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