‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 24 sur 250 · Lavisse, Hist. de France, t. II, I" partie, p · texte numérisé non relu

Lavisse, Hist. de France, t. II, I" partie, p

2. Ghk. Pfister, le Duché mérovingien d'Alsace el la Légende de sainte Odile, p. 6.

Ions comme pièce nouvelle à joindre au procès, le nom de la rivière Alisalia, l'Alzette, affluent de la Moselle, au Luxembourg, déjà mentionnée sous ce nom par Ausone.

Comme le nom de l'Alsace fait son apparition au temps où les rois mérovingiens nomment un duc d'Alsace, qui avait le commandement des armées cantonnées dans les deux comtés, il est naturel de croire que ce nom a été créé pour désigner cette vaste circonscription d'ordre militaire, qui eut pour mission de maintenir les Alamans au delà du fleuve. C'est seulement à partir de ce moment, et dans ces circonstances, que furent rapprochées les deux parties de la contrée d'entre le Rhin et les Vosges ; elles avaient été, primitivement, l'une dans la dépendance des Séquanes (Rauraques), l'autre dans celle des Médiomatrices, puis, englobées dans la province romaine dénommée administrativement Germanie supérieure.

La chaîne des Vosges {silva Vosagus) n'est mentionnée qu'une fois par Grégoire de Tours, qui raconte que le roi franc de Bourgogne, Gontran, y allait chasser. Comme dans les Ardennes et tout le pays mosellan, il y avait, en Alsace, des résidences rurales que les rois préféraient aux palais des villes : celles de Marley (Marlenheim), de Kônigshoven (cu/iis régla), de Kircheim, de Schlestadt, d'Isembourg près Rouffac.

Les maires du Palais, de la famille des Arnulfings, les leudes austrasiens, les ducs et les comtes d'Alsace avaient aussi des châteaux, des exploitations agricoles entourées de forêts giboyeuses. La petite ville de Dabo, auprès de Phalsbourg, au centre d'immenses forêts qui se rattachent aux Vosges, était, à l'époque mérovingienne, un établissement de ce genre, un château-fort, ancien castellum romain, probablement remis en état par le roi Dagobert.

Ce qui caractérise aussi l'Alsace, à l'époque mérovingienne, c'est sa colonisation par les moines. D'après certains érudits, les premiers colons seraient venus d'Ecosse et d'Irlande, comme les missionnaires de la Frise. L'Irlandais Colomban fonda en 590 le monastère de Luxeuil, dans les solitudes boisées des Vosges. Les missionnaires créèrent, dans cette région, une quantité de villages dont les noms ont conservé jusqu'à nos jours

une forme qui trahit cette origine : Woday, Waray, Lamey, Haday, Haberey, Nâss, Iltiss et d'autres qui ont aussi une désinence irlandaise1. Les moines qui, à la suite des Irlandais, vinrent de la Gaule, bâtirent, à leur tour, une foule de monastères, comme Munster, fondé sur une concession du roi Childéric II ; Massevaux, Saint-Amarin, Murbach, Lautenbach, Saint- Sigismond ou Saint-Marc, Saint-Grégoire, Pairis, Liepvre, Echery, Hugshoven, Andlau, Sainte-Odile, Haslach, Neuviller, Klingenmunster, Surbourg, Wissembourg.

Le premier duc d'Alsace que mentionne l'histoire, Gondoin, était contemporain de Sigebert, roi d'Austrasie de 638 à 656. Gondoin accorde, en 650, à saint Germain, issu d'une noble famille de Trêves, l'emplacement nécessaire, dans une gorge du Jura, sur la Birse, pour fonder l'abbaye de Grandval ou Moutiers, au diocèse de Bâle. Le successeur de Gondoin fut Boniface, connu par un acte de 660. Celui-ci, vers 662, fut remplacé par Adalric ou Cadalric, dont le nom se trouve altéré ultérieurement sous les formes Catic, Atic, Atticus, Etic, Eticho, Etichon : tous ces noms désignent en réalité le même personnage.

Adalric tenait son titre de duc du roi Childéric II. Il fut mêlé aux tragédies sanglantes dans lesquelles Ebroïn et saint Léger, évêque d'Autun, jouèrent les premiers rôles. C'était, comme tous ceux de son temps, un homme terrible et féroce, avec des accès de repentir inspirés par la morale chrétienne. Il fonda, pour racheter ses crimes, au sommet du Hohenbourg, un monastère de femmes dont sa fille Odile fut la première abbesse.

Adalric ou Etichon fut d'abord le complice du maire du palais Ebroïn, et l'un des persécuteurs de saint Léger, mais il changea d'attitude le jour où TAustrasie, avec les Arnulfings, voulut venger la mémoire de l'évêque d'Autun odieusement martyrisé; toute l'Alsace se couvrit d'églises dédiées au saint martyr et Adalric, rallié à temps à la famille des Pépins devenue toute-puissante, favorisa ce mouvement. Après sa mort, survenue vers 683, son fils Adalbert fut nommé duc d'Alsace. Il fonda,

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