P.-J. Proudhon, France et Rhin, p
Mais à la même date, des idéologues, des pacifistes, prônaient qu'on n'avait rien à craindre de l'Allemagne. Le même Proudhon n'avait-il pas écrit, déjà, cette ineptie : « On n'a pas besoin de consulter l'histoire pour prédire que l'Allemagne sera fédéraliste, plus faible, par conséquent, que la France. » Et encore : « La frontière du Rhin, depuis un siècle, a singulièrement perdu de son importance ; il n'y a guère que les attardés du chauvinisme qui s'en entretiennent encore1. »
Sur ce terrain, « les sages et les esprits réfléchis » étaient bien près de faire chorus avec Proudhon. Ils ridiculisaient les « chauvins » ; ils prétendaient que cette politique conduirait à la guerre; ils ne voyaient pas, les malheureux, que la guerre éclaterait sans cela, parce qu'elle était inévitable, préparée sans arrêt et voulue par la Prusse, avide des bords de la Meuse et de de l'Escaut après ceux du Rhin ! Que disent-ils, aujourd'hui, en 1916? L'histoire qui n'est qu'un perpétuel recommencement, étale à leurs regards ébahis les appétits insatiables des Germains, non pas seulement sur la rive gauche du Rhin, mais dans les Vosges, sur la Meuse, dans les Ardennes, sur la Somme, sur l'Escaut, sur l'Yser, sur l'Océan du Nord. Voilà, depuis le commencement de notre nationalité, — gauloise, franque et française,— la cause unique des guerres sur nos frontières de l'Est. Il ne faut pas que le bloc germanique, quelque forme qu'il revête, soit admis à s'étendre sur la rive gauche du Rhin : la sécurité de l'Europe occidentale est là. Voilà ce que ne comprirent point, en France, bien des gens, même dans l'élite intellectuelle, déjà infestée de germanisme à cette époque comme à la veille de 1914.
Leur action et leur influence étaient tout l'opposé de celles du monde intellectuel en Allemagne. L'Université devenait antimilitariste; des hommes politiques notoires, tout comme au temps de Vercingétorix, ne surent pas mettre l'intérêt national et le salut de la patrie au-dessus de leurs passions et des intérêts de leur parti. Ce sera l'éternel honneur de notre époque, durant la guerre actuelle, d'avoir fait l' Union sacrée et groupé