Alfred Rambald, les Français sur le Rhin, p
Mais on jugera de la bonne foi de cette érudition allemande en constatant que, parmi ces invasions françaises qu'on nous reproche, figure l'expédition envoyée par Louis XIV au secours de l'Allemagne contre les Turcs et qui, heureusement pour Vienne menacée, remporta la bataille de Saint- Go thard *. Le Manifeste fameux des 93 Intellectuels allemands, en 1914, est le digne pendant de cette étrange et curieuse documentation historique de 1870.
Faire la guerre comme les Huns et les Vandales ou comme les reitres allemands de la guerre de Trente Ans, s'en prendre aux monuments et à la population civile pour frapper les esprits et terroriser, est un système de barbarie qui a toujours été dans la tradition prussienne. Lorsque le grand Frédéric mit le siège sous les murs de Prague, en 1757, il résolut, sans aucune raison d'ordre militaire, de détruire la cathédrale de Saint-Vit par un bombardement régulier. Par son ordre impitoyable, furent lancés sur ce chef-d'œuvre d'architecture gothique, le 5 juin, 537 bombes, 989 boulets et 17 carcasses; — les 6, 7, 8 et 9 juin, 7.144 bombes, 14.821 boulets et 111 carcasses2. On le voit, les horreurs de Reims, de Soissons, de Louvain, d'Ypres, d'Arras, ont des précédents dans les fastes des armées allemandes.
Tous les hommes de ma génération se souviennent, non sans une poignante émotion, que les douloureux préliminaires de la paix furent signés, à Versailles, le 26 février 1871. Il y eut ensuite la Conférence de Francfort qui dura jusqu'au 10 mai, jour où fut signé l'acte diplomatique qui porte dans l'histoire le nom de Traité de Francfort.
A l'Assemblée nationale réunie à Bordeaux, tous les députés de l'Alsace et de la Lorraine sachant, dès la déclaration de l'armistice, que le sort de leurs départements allait être discuté dans les négociations pour la paix, prirent les devants pour protester contre tout projet de cession de leur pays à l'Allemagne. Ils chargèrent l'un d'eux, Emile Keller, de lire, le