‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 246 sur 250 · Voir C. Pfister, op. cit · texte numérisé non relu

Voir C. Pfister, op. cit

d'un royaume franc, si française de tradition, l'un des foyers de la langue romane, est devenue allemande aujourd'hui, tant l'immigration allemande et la coercition de l'autorité y ont été intenses depuis 45 ans. Au surplus, une langue ne se propage pas seulement géographiquement, par relation de voisinage, faisant pour ainsi dire « tache d'huile » comme une inondation ou la coulée de lave d'un volcan. Il arrive aussi qu'une langue se développe en quelque sorte par couches sociales: c'est le cas des langues nobles. Le latin, par exemple, s'est ainsi développé en Gaule, en particulier dans la Rhénanie. Ce sont les classes distinguées de la société qui parlaient le latin. De ces classes élevées, le parler latin est descendu dans les échoppes des artisans, dans le commerce et de là dans les régions populaires : il fut la langue de tous ceux qui tenaient à parler le « beau langage ». Ainsi en fut-il du français en Alsace, dans les derniers siècles. Il était universellement parlé dans la bonne société alsacienne, dans la noblesse, le clergé, la bourgeoisie. A Strasbourg, à Colmar, à Schlestadt, dans toutes les villes, les commerçants parlaient le français.

Cependant, la France n'a jamais rien fait pour imposer aux Alsaciens la langue française : nous l'avons déjà constaté, à son honneur. On considérait le dialecte alsacien comme un patois analogue à celui de nos autres provinces. En France, avant le milieu du xixe siècle, on parlait picard, normand, flamand, breton, auvergnat, gascon, béarnais, basque, provençal, alsacien et tout le monde était français.

Napoléon, à qui l'un de ses officiers exprimait le regret d'entendre ses soldats alsaciens parler allemand, répondit : « Laissez à ces braves gens leur dialecte natal; ils sabrent toujours en Français1. » D'ailleurs, le dialecte alsacien ressemble à l'allemand de Berlin à peu près comme le provençal ou le napolitain ressemblent à la langue du Tasse2!

Si la France n'a rien fait pour imposer la langue française en Alsace, ce n'est pas seulement qu'elle respectât, par principe, les dialectes de même que les Coutumes, usages, poids et me-

Page 1