‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 27 sur 250 · Winteheh, Histoire de sainte Odile (18G9), p · texte numérisé non relu

Winteheh, Histoire de sainte Odile (18G9), p

Goethe a consacré une page exquise au pèlerinage qu'il fit au mont Sainte-Odile :

« en compagnie, dit-il, de cent ou de mille eroyants, dans ce lieu, où se voient encore les fondements d'un castellum romain et où une jeune et belle comtesse s'était, disait-on, retirée, par une pieuse inclination, au milieu des crevasses et des ruines. Non loin de la chapelle où les pèlerins font leurs dévotions, on montre sa fontaine et l'on conte de gracieuses légendes. L'image que jeme faisais d'elle et son nom se gravèrent profondément dans ma mémoire. Ils m'accompagnèrent longtemps ; enfin, je donnai ce nom à l'une de mes filles tard venue, mais non moins chérie, qui fut accueillie avec une grande faveur par les cœurs pieux et purs. « De cette hauteurencore, se développe au regard la magnifique Alsace, toujours la môme et toujours nouvelle; tout comme dans l'amphithéâtre, où que l'on se place, on voit l'assemblée toute entière, mais, d'une manière distincte, ses voisins seulement, il en est de môme ici des bocages, des rochers, des collines, des bois, des champs, des prairies, des villages, approchés et lointains. On voulut môme nous montrer Bâle à l'horizon. Que nous l'ayons vu, je ne voudrais pas en jurer ; mais l'azur lointain des montagnes de la Suisse exerça aussi sur nous son prestige, en nous appelant à lui, et comme nous ne pouvions obéir à cette impulsion, il nous laissa un sentiment de mélancolique regret1. »

Mais depuis quarante-cinq années, avec plus de ferveur et d'émotion encore qu'autrefois, les pèlerins alsaciens, le lundi de la Pentecôte, gravissent sous bois les pentes de la montagne sainte, à côté des ruisselets qui gazouillent et dansent autour des cailloux. Chacun cueille, de-ci, de-là, des fleurs champêtres, dont il forme un bouquet destiné à parer l'autel de la vieille chapelle de Sainte-Odile : il sait que, là-haut, sont préparés de grands vases pour recevoir la digitale, la fougère, le lierre et etl'épilobe. Sur l'esplanade, on chante des cantiques, les cloches sonnent, la procession s'ébranle, les prêtres forment cortège à à la châsse qui renferme les reliques de la sainte. Avant de redescendre, chacun jette un regard attendri et mélancolique sur la plaine immense que le Prussien barbare foule encore de sa botte ensanglantée.

1, Goethe, Mémoires. Vérité et poésie, 3e part., livre XI.

Le Rhin dans l'histoire. — IL

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