‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 31 sur 250 · Lavisse, p · texte numérisé non relu

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de Tibère, ou d'Ammien Marcellin, il y eut des surprises et des trahisons ; une fois, sur les pentes du mont Suntal, presque tous les chefs francs furent massacrés : Adalgise, le camérier, Gilon le connétable, quatre comtes et vingt autres preux.

Avec la rapidité de la foudre, Charlemagne fond sur les bords du Weser. Il mande les principaux Saxons, les interroge et s'enquiert des auteurs de la révolte. « Tous ^dénoncent Witikind comme l'auteur du forfait ; mais ils ne peuvent le livrer parce qu'il s'est réfugié chez les Normands. Le roi des Francs se fait alors amener 4.500 de ceux qui avaient été ses complices; il leur fait trancher la tête, à tous, le même jour, à Werden, sur l'Aller. » Après cette exécution, Charlemagne vint prendre ses quartiers d'hiver à Thionville (782).

Dans les années suivantes, nouvelles révoltes, jusque chez les Frisons des embouchures de l'Ems et du Weser, et nouvelles exterminations. « Impossible, dit Eginhard, de raconter combien de fois, vaincus et suppliants, les Saxons se soumirent au roi Charles et livrèrent des otages... Mais, autant ils étaient empressés à contracter des engagements, autant ils se montraient prompts à les violer. »

Au printemps de 785, l'armée franque se reposait entre le Weser et l'Elbe, dans le Bardengau, lorsque Charlemagne apprit que Witikind et Abbion campaient non loin de là, de l'autre côté de l'Elbe. Le roi des Francs fit proposer au farouche Saxon le pardon et l'oubli. Witikind se fit livrer des otages en garantie de sa sécurité personnelle; puis, il consentit à se rendre auprès de Charlemagne. Dans la résidence royale d'Attigny ( Ardennes) , à la fin de 785, Witikind reçut le baptême ; à cette nouvelle, le pape Adrien ordonna trois jours de prières d'actions de grâce. L'évangélisation de la Germanie se poursuivit plus facilement. Liudger fut chargé de la Frise, Willehad devint évêque de Wigmodie et mourut à Brème, en 789. Puis, furent successivement créés ou restaurés les évêchés d'Osnabrùck, Munster, Werden, Brème, Paderborn, Minden, Halberstadt, Hildesheim. L'armée de la civilisation est en même temps celle du christianisme; elles ne font qu'un, depuis Clovis.

Charlemagne entreprit ensuite la soumission de la Bavière ;

au temps des révoltes de Witikind, ni Tassilon, ni le chef saxon lui-même n'avaient songé à s'unir contre le roi franc, tant l'idée d'une fédération germanique, si chère rétrospectivement aux Allemands d'aujourd'hui, était absente de l'esprit des chefs germains, à cette époque aussi bien qu'au temps d'Arminius et de Marbod.

En 793, une nouvelle révolte éclata en Saxe : l'armée franque commandée par le comte Thierry, fut massacrée au passage du Weser. Gharlemagne projetait alors de faire creuser par ses soldats un canal du Rhin au Danube par le Mein ; mais il fallut reprendre les armes contre « la perfide nation ». Alors, de nouveau, pendant cinq ans, de 794 à 799, les Francs, à chaque printemps, recommencent la conquête de la Saxe. Par milliers — 10.000 en une fois, — les Saxons sont enlevés à leurs forêts et déportés dans diverses provinces de la Gaule, suivant l'ancien système des empereurs romains. On les remplace dans leur pays, par des Slaves Obodrites qui avaient été les auxiliaires des Francs. Enfin, en 799, Gharlemagne tint à Paderborn l'assemblée générale qui organisa le pays saxon ; c'est là qu'il reçut la visite du pape Léon III, qui devait le couronner empereur à Rome, l'année suivante.

Il est remarquable qu'Eginhard, résumant l'œuvre de conquête de Gharlemagne, donne toujours le Rhin comme limite au royaume gallo- franc ; les autres contrées ne sont que des annexes étrangères. « Le royaume franc transmis à Charles par Pépin, dit-il, était borné par le Rhin; toutefois, il comprenait en outre la portion de la Germanie habitée par des Francs, la Thuringe, le pays des Alamans et la Bavière. Gharlemagne y ajouta le pays des Saxons et d'autres contrées habitées par « toutes les nations farouches et barbares qui occupaient la partie de la Germanie comprise entre le Rhin, la Vistule, le Danube et l'Océan. »

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