LE TRAITÉ DE VERDUN, EN
Avant de se réunir à Verdun, les trois frères, Lothaire, .Louis et Charles convinrent d'une conférence préliminaire, à Coblence, pour le 19 octobre 842. Les délégués répartiteurs étaient au nombre de 120. Les uns, ceux de Lothaire, campaient sur la rive gauche du Rhin ; les autres, ceux de Louis et. de Charles, sur la rive droite. Les délibérations eurent lieu dans l'église Saint-Castor. Mais on ne put s'entendre pour établir trois lots de même valeur censitaire, et il fallut se séparer sans avoir fait autre chose que provoquer une certaine irritation dans les esprits.
Les co-partageants n'étant que trois, l'empereur Lothaire, Louis le Germanique et Charles le Chauve, il n'y avait que trois parts à faire. Quelques mois plus tard, au congrès de Verdun, ce hasard des choses donnera, en fait, à deux des trois royaumes qui furent constitués, quelque cohésion géographique. Louis, disent sommairement les Annales de Fulda, eut l'Orient, Charles l'Occident, et Lothaire le pays du milieu avec le titre d'empereur. Les Annales de Saint-Bertin, plus explicites, spécifient que Louis eut tous les pays transrhénans, moins la Frise ; on lui donna, en outre, les belles cités de Spire, Worms et Mayence, ce qui, avec le duché de Franconie, sur le Mein, justifie, dans quelque mesure, le titre qu'il prend, de « roi de la
France orientale ». Les princes de la famille de Charlemagne, successeurs de Louis le Germanique, tiendront, eux aussi, à leur qualité de Francs, comme à un vieux titre de noblesse guerrière. Les choses ne changeront qu'avec la dynastie des empereurs saxons.
Réginon, abbé de Prum, affirme dans sa chronique, que si Louis tint à posséder, sur la rive gauche du Rhin, les trois évêchés de Mayence, Worms et Spire, c'est en raison des revenus que procuraient les vignobles de cette contrée, propter vint copiant 1, et ceci met bien en saillie les préoccupations, toutes d'intérêt, qui dominent dans les partages carolingiens. A ce motif, on peut ajouter que Louis voulait avoir la métropole religieuse de la Germanie et surtout, sans doute, un coin de pays romanisé, car la rive droite du Rhin n'avait encore que quelques villes épiscopales en formation, tandis que Mayence, Worms et Spire étaient des cités riches, où florissaient l'industrie et les arts et d'où partait le rayonnement civilisateur de la Germanie.
A l'exception de ces trois villes franco- romaines, l'empereur Lothaire eut le pays borné, à l'est, par le cours du Rhin, c'està-dire la rive gauche, depuis le lac de Constance jusqu'à l'embouchure du fleuve. A l'ouest, son royaume n'avait pas de limites naturelles ; il était borné, en gros, par l'Escaut et la vallée de la Meuse qu'il englobait, atteignant, entre Châlons et Langres, jusqu'aux collines de la haute Marne. Lothaire eut, en outre, les vallées de la Saône et du Rhône, la Provence et l'Italie carolingienne. A Charles le Chauve, fut assigné le pays à l'ouest de l'Escaut et des vallées de la Meuse, de la Saône et du Rhône, jusqu'à l'océan Atlantique et la Méditerranée.
Le lot bizarre de Lothaire, composé d'une bande de terre étroite, de 1.500 kilomètres de long sur 200 de large, coupait l'Empire en écharpe, depuis la mer du Nord jusqu'au duché de Bénévent. Il était, par sa constitution même, inconsistant, et ceux qui le formèrent n'eurent, à aucun moment, la naïveté de de croire qu'il put durer. L'arrangement de Verdun, comme tous ceux qui l'avaient précédé, était destiné à disparaître rapi-