‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 36 sur 250 · Robert Parisot, op. cit.,, p · texte numérisé non relu

Robert Parisot, op. cit.,, p

complètement formé, au moins en voie de formation, c'était chez les Francs. Ceux-ci présentaient, d'ailleurs, des traits nettement accusés d'originalité; ils avaient leur individualité propre. Nation de race et de langue germaniques, ils s'étaient installés dans un pays où Rome, qui l'avait longtemps possédé, avait laissé des marques ineffaçables de sa domination. Le contact des Francs avec les vestiges subsistants de la civilisation romaine, leur fusion partielle avec la population gauloise, le christianisme enfin qu'ils avaient embrassé de bonne heure, avait exercé sur eux une profonde influence. Ils se distinguaient, à la fois, des Gallo-Romains et des Germains : plus vigoureux, plus vaillants que les premiers, plus civilisés que les seconds qui sortaient à peine de la barbarie1. »

Nous avons vu que, dès l'époque mérovingienne, les Francs se considéraient comme une race supérieure, enorgueillie de ses succès militaires et de la domination qu'elle exerçait sur la Gaule entière. Les guerres de Gharlemagne et ses conquêtes ne firent qu'exalter ce sentiment et porter les Francs à se considérer comme l'aristocratie du monde médiéval. Plus que jamais ils veulent être, ils sont socialement ce qu'étaient les Romains jadis. Cette supériorité leur est si bien reconnue que le moine de Saint- Gall dit que tous les peuples, Gaulois, Aquitains, Alamans, Bavarois, se trouvaient très honorés lorsqu'on les traitait de « Francs », même comme serfs ou sujets. L'archevêque de Mayence, le savant Raban Maur, dans son traité De oblatione puerorum, ne se gêne point pour exprimer le sentiment de fierté dédaigneuse qu'il éprouve, lui Franc, à l'égard des Saxons2. C'est de ce sentiment que naîtra la célèbre appellation par laquelle Bongars a désigné les Croisades : Gesta Dei per Francos.

En somme, conclut Robert Parisot, « on peut dire qu'il existait à l'époque carolingienne une nation franque. Eh bien ! le traité de Verdun la détruisait en faisant d'elle trois morceaux3. » Le traité de Verdun n'a choisi pour frontières des nouveaux

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