‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 4 sur 250 · QUELQUES MOTS VU LECTEUR XI · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS VU LECTEUR XI

de Clovis doivent, en droit, faire retour à la Couronne. La France rhénane, V ancienne Australie mérovingienne, était au premier chef une terre franque; elle avait été une portion essentielle de la Monarchie de Clovis, puis, l'un des royaumes secondaires englobés dans le vaste regnum Francorum. En droit, elle ne pouvait donc être rattachée à V Allemagne. Telle est la thèse que soutiennent unanimement les légistes et qu adoptent les rois de France, dans leur politique extérieure. En vertu de ce principe, et malgré tous les événements qui traversent la réalisation de leurs ambitions, jamais les rois de France n'ont renoncé aux pays qui formèrent V ancienne Lotharingie et qui s'étendent, sur la rive gauche du Rhin, depuis V Océan du Nord et les bouches de l'Escaut, jusqu'à la Suisse. Cette revendication de la France de VEst est proclamée par les juristes, légitime suivant le droit féodal ; elle reste en permanence dans les dossiers de la Chancellerie royale; elle est imprescriptible, et cela, depuis les partages de l'Empire carolingien jusqu'à là chute de la Monarchie française, au déclin du xvine siècle. Elle se manifeste tantôt par les armes, tantôt suivant les principes du système féodal. Deux langues ou leurs dialectes, le roman ou français et l allemand [hollandais et flamand), sont parlées dans ces pays, dont les habitants sont appelés Lotharingii bilingues. Même dans les cantons où les dialectes allemands sont la langue courante, le roman ou français est la langue noble, celle des cours, du clergé, des chevaliers, de la bonne société, de la littérature, de la légende épique. Les deux langues sont parlées, lune et l autre, par les Francs ; elles coexistent, par exemple, dans la principauté de Liège, dans le Luxembourg, lElectorat de Trêves, le duché de Lorraine, sans que les souverains de ces pays en fassent une distinction au point de vue administratif, religieux , politique , ethnique ou autre. Les rois de France ont dans leurs alliés et leur clientèle, indifféremment des souverains des pays de langue allemande ou de langue française, les ducs de Gueldre, de Clèves, de Juliers, de Brabant, les comtes de Flandre et de Hainaut, l archevêque-électeur de Cologne, les ducs de Luxembourg,

de Lorraine, de Deux-Ponts ; V Electeur Palatin, les archevêques-électeurs de Trêves et de Mayence, les évêques de Metz et de Verdun. On n'attache aucune importance à ce dualisme linguistique. C'est nous qui, rétrospectivement , prêtons sous ce rapport notre préjugé linguistique aux populations médiévales, sans réfléchir qu'actuellement encore, dans la plupart de nos provinces, il y a toujours deux langues coexistantes, le français qui est « le beau langage », et une langue locale, telle que le breton, le basque, le provençal et tous nos patois.

Si toutes les sympathies et les tendances d'esprit des contrées mosellanes et meusiennes étaient du côté de la France, il n'en est pas moins vrai que les petits souverains de ce pays qui détestait la domination germanique, eussent préféré l'indépendance politique à la réunion à là France. Il en fut ainsi, d'ailleurs, dans toute la France féodale. L'essai tenté par Charles le Téméraire, prince français, d'un Grand-Duché bourguignon, qui eût englobé tout le pays rhénan et les Flandres, fut, au fond, dans l'esprit des populations , une tentative de restauration du royaume lotharingien, c'est-àdire une nouvelle phase de la lutte de la France de l'Est contre la suzeraineté du Saint-Empire germanique. Mais, pas plus que l'ancien royaume de Lorraine, le Grand-Duché n' avait chance de durée parce qu'il n'avait pas de frontière, ni physique ni morale, ni linguistique ni ethnique du côté de l'Occident et qu'il pénétrait violemment comme un coin entre le royaume de France et l'Empire.

Les projets sur le Rhin que les contemporains de Philippe le Del prêtent à ce prince, les tentatives de Charles VII et de Louis XI après l'expulsion des Anglais* la candidature de François Ier à l'Empire, la conquête des Trois-Evêchés sous Henri II, celle de l'Alsace à la fin de la guerre de Trente ans, la Ligue des princes du Rhin constituée par Mazarin en 1658, les pensions régulièrement payées aux Electeurs ecclésiastiques et aux autres princes de la même région : tous ces événements ne sont que les principaux épisodes de l'action directe, permanente, inlassable des rois de France en Rhénanie.

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