QUELQUES MOTS AU LECTEUR XIII
Qu'on ne dise point que ces revendications par les rois de. France du pays rhénan et des Flandres apparaissent comme des actes sporadiques et sans suite, isolés les uns des autres. Elles sont, bien au contraire, les manifestations d'une politique admirable par sa persistance et suivie avec opiniâtreté, de règne en règne, par nos rois, comme un mot d'ordre confié par chacun d'eux, en mourant, à son successeur. Les guerres féodales, les Croisades, la guerre de Cent ans ne furent que des obstacles momentanés à la réalisation de ces visées sur le Rhin et V Escaut. Le droit féodal, une fois établi, ne, lâche rien, ri abandonne aucune des prétentions qu'il estime justifiées. Le temps ne compte pas pour lui; le Roi se réserve de choisir le moment opportun pour agir.
A partir de la création de la Ligue du Rhin, par Mazarin, en 1658, les petites principautés du pays rhénan sont plus que jamais dans la clientèle de la France. Jusqu'à la Révolution, elles se reconnaissent deux ennemis, V Empire germanique et la Prusse, contre lesquels la France les protège. Sous le commandement de leurs princes, elles fournissent au roi de France des régiments qui servent loyalement dans nos armées. Leurs souverains sont admis à la cour de Versailles, comblés de faveurs et d'honneurs ; des alliances matrimoniales, recherchées par eux, les font entrer dans la parenté du Roi.
Le terrain était donc bien préparé par la Monarchie pour V annexion prochaine ; dans l'ancienne France, on ne brusquait rien révolutionnairement ; on laissait patiemment mûrir le fruit avant de le cueillir, et il se détachait de lui-même : on le vit bien pour l'Alsace et pour la Lorraine.
Lorsqu'en 1192, les Français se présentèrent sur le Rhin, ils furent accueillis avec transport, en dépit des violences sanguinaires de la Révolution ; quelques années plus tard, sous la pression des événements et de nos victoires, toutes les populations rhénanes, comme celles de la Belgique, demandèrent et votèrent leur incorporation à la France. Elles nous restèrent fidèles sans contrainte. Napoléon n'eut pas de meilleurs soldats que ceux que lui fournirent l'Alsace et la Lorraine.
les départements rhénans et la Belgique. Le maréchal Ney était de Sarrelouis. On verra par quelle perfidie, contrairement aux engagements pris par les Puissances et au mépris des protestations des populations, ces pays furent arrachés à la France par les traités de 1815. Ces traités, en mutilant notre frontière, ouvrirent de nouveau la porte aux invasions germaniques . Ils donnèrent à la Prusse tout le pays de la rive gauche du Rhin qui a pris, depuis cette époque seulement, le nom de Prusse rhénane; ils rendirent possible V hégémonie de la Prusse sur V Allemagne tout entière.
Voilà la source du mal dont souffre V Europe avec nous ; voilà V origine des guerres de 1810 et de 191k. Ce sont les traités de 1815, contre lesquels la France a toujours protesté, qu'il importe de réviser, si Von veut que V Europe occidentale bénéficie enfin d'une paix durable, peut-être définitive.
Le dénouement du drame sanglant est proche. Mais il ne saurait suffire d'imposer, par l'héroïsme de nos soldats, un terme aux convoitises allemandes et à" écraser sur le champ de bataille le Prussien haineux. Il importe, par-dessus tout, de mettre un ennemi sans foi ni loi dans V impossibilité de nuire désormais. Qu'on ne m' attribue pas la ridicule présomption de vouloir donner des conseils aux hommes d'Etat et aux diplomates auxquels sera confiée la redoutable mission de liquider la guerre ait nom de la France! Mais je remarque que plusieurs de ceux qui, dans la presse, se préoccupent de ce grand problème de « V après guerre, » paraissent enclins à oublier que nous ne serons pas seuls à discuter le remaniement de la carte géographique de V Europe centrale, et que d'autres que nous, amis et alliés, rivaux, neutres, ennemis aussi, les victorieux et les vaincus, auront sans doute à prendre part aux négociations longues et complexes qui s'engageront.
Il est permis de prévoir que ces représentants des divers pays s'inspireront de leurs intérêts nationaux, de leurs avantages et de la liquidation des frais de la guerre, bien plutôt que de conceptions philosophiques et de dogmes boursouflés, bons pour faire des dupes. Il sera sage, prudent et équitable de régler notre conduite sur celle des autres. Jugez, par exem-