CRÉATION DU ROYAUME FRANC DE LOTHARINGIE LE TRAITÉ DE MERSEN EN
L'empereur Lothaire avait trois fils, entre lesquels il partagea ses Etats, six jours avant sa mort, dans l'abbaye de Prûm où il venait de se retirer. C'était le 22 septembre 855.
Louis II, son fils aîné, avait l'Italie depuis 850, associée à la dignité impériale qui lui fut confirmée ; Charles reçut la Provence avec le titre de roi. Enfin, Lothaire, qui allait être le roi Lothaire II, et qui, depuis le début de 855, était gouverneur de la Frise, fut apanage de toute la portion de l'ancienne Austrasie qui comprenait la rive gauche du Rhin, soit, d'une part, depuis la Nahe jusqu'à la mer du Nord, et d'autre part, depuis Strasbourg jusqu'à la chaîne du Jura.
Ce nouveau royaume qui est appelé « la France » par les Annales de Saint-Bertin, reçut bientôt aussi un nom formé sur celui du prince qui en était investi : Lotharingie, Lothierrègne, d'où devait sortir le nom plus moderne de Lorraine. Il comprenait tout ce que nous appelons aujourd'hui la Suisse romande, c'est-à-dire le Valais, le Genevois, les cantons de Fribourg, de Soleure, de Berne ; en outre, le diocèse de Bâle ou ancien pays des Rauraques, le comté de Bourgogne ou Franche-Comté, la Haute et la Basse-Alsace, le Palatinat cis-rhénan, les Electorats de Trêves et de Cologne, le Liégeois ; ce qui fut plus tard les
duchés de Lorraine, de Bar, de Luxembourg, de Limbourg, de Juliers, une bonne partie de celui de Clèves ; les duchés de Brabant et de Gueldre ; les comtés de Hainaut, de Namur, de Zélande, de Hollande et le diocèse d'Utrecht1. Seuls, les diocèses de Mayence, Worms et Spire restent, sur la rive gauche du Rhin, en dehors du royaume de Lotharingie.
Au nord, la ligne frontière suivait à peu près le cours de l'Escaut, laissant Gand et Tournai, enveloppant Anvers, Valenciennes et Cambrai. De l'Escaut à la Meuse, la frontière mettait en Lotharingie le Gambrésis, le Hainaut, Namur et elle atteignait la Meuse à Revin (Ardennes). Elle ne tardait pas à s'éloigner du fleuve dans la direction de l'ouest, englobant Mézières, Mouzon, Verdun, Bar-le-Duc, Naix, le Bassigny jusqu'à Ghaumont, coupant le diocèse de Langres. Après s'être tenue à quelque distance à l'ouest de la Saône, la frontière touchait à cette rivière avant son confluent avec le Salon ; elle la suivait jusqu'au Doubs ou un peu plus bas, empiétant sur le pagus Cabilonensis (Chalon). « Elle se dirigeait ensuite vers l'est, coupant l'Ain, puis redescendait vers le sud, parallèlement à ce cours d'eau qu'elle laissait à l'ouest, passait au sud du Rhône, longeait la crête des montagnes qui séparent la Taren. taise de la Maurienne, pour aboutir à la grande chaîne des Alpes qu'elle suivait jusqu'au massif du Saint-Gothard2. »
Du côté de l'est, la ligne de démarcation était l'Aar, jusqu'à son confluent avec le Rhin. Elle descendait le Rhin, englobant Golmar et Strasbourg, jusqu'à la Sauer. Cette rivière formait, au nord de Haguenau, la limite entre les possessions de Lothaire II et celles de Louis le Germanique.
Contournant les diocèses de Spire, Worms et Mayence, la ligne, après avoir dépassé les sources de la Lauter, traversait la Hardt palatine et rejoignait le Rhin, au bas de Bingen, à Bacharach. Le Rhin était ensuite la frontière jusqu'au confluent de l'Ahr, à Remagen. Coblence, avec tout le bassin de la Mo-
1. Ces appellations plus modernes que nous employons, sont plus claires pour le lecteur que les noms des nombreux pagi entre lesquels se répartissaient les divisions administratives du pays, à l'époque carolingienne.