‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 41 sur 250 · R. Paiusot, op. cit., p · texte numérisé non relu

R. Paiusot, op. cit., p

selle, Bonn et Cologne, faisaient partie du Lothierrègne. Au bas du confluent de l'Ahr, la limite traversait le Rhin pour aboutir chez les Frisons.

Dans le partage de 855, nul compte n'a été tenu des divisions administratives antérieures. Du côté de l'Occident, par exemple la ligne frontière coupe en deux le pagus Cabilonensis (Chalonsur-Saône). Strasbourg, suffragant de Mayence, est à Lothaire, tandis que Mayence est à Louis le Germanique. Lothaire a Cologne, mais non ses suffragants ecclésiastiques de la rive droite. Le pagus Bassiniacus jusqu'à la Marne, à Chaumont, est enlevé au diocèse de Langres.

Quant aux accidents naturels, montagnes, forêts, cours des rivières, la ligne de démarcation ne s'en soucie que sur le Rhin qui forme frontière, sauf l'exception des diocèses de Spire, Worms et Mayence. Partout ailleurs, la limite est capricieuse, escalade les monts, coupe les rivières et ne correspond à rien. Elle déborde sur la Bourgogne, au sud des Faucilles, tandis qu'elle n'englobe pas le pays d'entre l'Escaut et la mer.

Le titre impérial était passé à Louis II le Jeune qui ne possédait que l'Italie. Le royaume de Lotharingie, trop faible, lui aussi, pour lutter contre ses puissants voisins de l'est et de l'ouest, sera désormais un appât pour les audacieux, l'enjeu de la diplomatie et des guerres entre la France et l'Allemagne.

Dès le mois d'août 858, Louis le Germanique profitant de ce que Lothaire était occupé ailleurs, envahit la Lotharingie. Les princes et leurs conseillers étaient encore, à cette époque, si étrangers à toute idée de nationalité que Louis le Germanique ne songea, dans cette circonstance, qu'à reconstituer à son profit l'unité de l'Empire. Les peuples eux-mêmes étaient si éloignés d'avoir conscience de leur individualité ethnique, que c'est pour répondre à l'appel des Aquitains et des seigneurs révoltés contre Charles le Chauve, que Louis le Germanique traverse l'Alsace, passe par le col de Saverne et s'avance à travers les plaines de la Champagne. Mais, dès le début de 859, refoulé par Charles le Chauve et Lothaire, il est obligé de regagner la Germanie.

Les limites des Etats carolingiens sont si précaires, parfois si mal définies, qu'il faut incessamment les remanier. Ce sont tou-

jours, partages des revenus par des notaires. Dès 859, Lothaire II cède à son frère Charles, roi de Provence, les cités de Belley et de Tarentaise; en 859, il abandonne à son autre frère, l'empereur Louis II, roi d'Italie, les cités de Genève, Lausanne et Sion.

Des colloques entre ces princes ont lieu, au sujet de ces modifications censitaires, à Andernach et à Coblence. La plus importante de ces réunions fut celle de Coblence, en juin 860. Lothaire, Louis et Charles s'y garantissent le respect de leurs frontières. On employa, dans les serments et les déclarations réciproques, à la fois la langue tudesque et la langue romane1.

Vers le même temps, Lothaire II, voulant se concilier son oncle Louis le Germanique, dans l'affaire de son divorce avec Theutberge, lui promet l'Alsace, pour le cas où les enfants qu'il avait eus de sa concubine Waldrade, qu'il voulait épouser, seraient légitimés. Il escomptait l'influence de Louis le Germanique sur le pape. Mais l'Alsace avait toujours fait partie du royaume de la Francia média, et cette cession éventuelle demeura lettre morte. Lothaire conserva toujours son autorité sur cette contrée, comme l'attestent les diplômes que continua à y délivrer sa chancellerie2.

Peu auparavant, en 863, Lothaire avait hérité, par la mort de son frère Charles, roi de Provence, du duché de Lyon, du Viennois, du Vivarais et du pays d'Uzès, qui firent ainsi retour à la Lotharingie.

En 867, Lothaire étant malade, et Louis II éloigné dans le sud de l'Italie, leurs oncles, Louis le Germanique et Charles le Chauve ont une entrevue à Metz, dans le royaume même de Lothaire, où ils complotent, sans se gêner, le partage éventuel des Etats de leurs neveux. Et dans cette circonstance pas plus qu'auparavant, la question des nationalités et des langues n'est ni soulevée, ni même soupçonnée.

Le roi Lothaire II mourut le 8 août 869. Il ne laissait pas d'enfant de l'impératrice Theutberge, mais il avait eu, de Wal-

1. Joseph Calmette, la Diplomatie carolingienne, du Traité de Verdun à la mort de Charles le Chauve, p. 66.

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