‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 48 sur 250 · Aug. Eck.el, Charles le Simple, p · texte numérisé non relu

Aug. Eck.el, Charles le Simple, p

du royaume des Francs de l'ouest, par la mort du roi Eudes, en 898, entreprit à son tour de chasser Zwentibold de la Lotharingie. Appelé par des seigneurs, à la tête desquels se trouvaient Rainier, duc de Basse-Lotharingie et le comte Odacer, Charles envahit le royaume de Zwentibold ; celui-ci prit la fuite. Le Carolingien français, triomphant, fit son entrée à Aix-la- Chapelle, comme successeur de Charlemagne ; il alla ensuite à Nimègue et à Prum. Mais il ne sut pas longtemps profiter de ces brillants avantages. Il s'arrangea avec Zwentibold, au grand désappointement des Lotharingiens qui l'avaient appelé. L'assemblée de Saint-Goar, en 899, régla les différends. Puis, Arnulf mourut et son fils légitime, Louis l'Enfant, lui succéda comme roi de (îermanie. Quant à Zwentibold, plus que jamais détesté, incapable de réprimer une révolte des Lotharingiens, il fut détrôné en 900 et périt, peu après.

Les chroniqueurs contemporains racontent que ce fut l'indolence naturelle de Charles le Simple qui empêcha, alors, les grands de Lotharingie d'appeler de nouveau ce prince, pour lui donner la succession de Zwentibold. Il est permis de soupçonner que s'ils firent venir à Thionville Louis l'Enfant, pour lui prêter le serment de fidélité, ce fut surtout parce que ce prince, âgé de six ans, présentait le double avantage d'être encore de la famille de Charlemagne et de ne pouvoir faire obstacle aux visées ambitieuses des seigneurs féodaux. L'archevêque de Mayence, Hatton, le principal artisan de cette combinaison, en écrivit au pape : « Le navire de l'Eglise vacillait; nous avons mieux aimé conserver la coutume des Francs de choisir leur roi dans la même famille, que d'essayer des institutions nouvelles. » Quelque peu sincères qu'elles fussent, ces paroles attestent que la coutume franque traditionnelle était de choisir le roi par élection, et que le droit héréditaire n'était point considéré comme absolu.

Louis l'Enfant devait être un jouet entre les mains de ses tuteurs. Les grands de Lotharingie se partagent ce qui reste du domaine royal : ils s'attribuent tous les bénéfices, les honneurs et les charges lucratives. Indépendants de plus en plus dans leurs duchés et leurs comtés, ils battent monnaie et s'ar-

rogent tous les droits régaliens : tel était le but, à peine dissimulé, de leurs intrigues.

Sous Louis l'Enfant, la Lotharingie, bien qu'inféodée à l'Allemagne, comme sous Zwentibold, continua à former un royaume autonome, avec ses assemblées de grands et sa chancellerie distincte. Radbod, archevêque de Trêves, en fut Tarchichancelier. A la tête de ses seigneurs féodaux, on voyait alors Gebhard dans la Haute -Lorraine, et Rainier-au-long-Col en Basse-Lorraine, les frères Gérard et Matfrid. Gebhard était un Franconien, de la famille des Gonradins ; il avait épousé la veuve de Zwentibold ; Rainier était un proche parent de Charles le Simple.

Les luttes entre les grands, leurs rébellions envers l'autorité royale, les compétitions entre les rois de France et de Germanie, dont l'histoire de la Lorraine est remplie au ixe siècle, ne sont rien en regard de l'état de l'Allemagne à la même époque. Le contraste entre les deux rives du Rhin, sous ce rapport, serait suffisant pour faire éclater la distance sociale, la différence foncière des deux pays. L'Allemagne est dans l'anarchie, écrit l'évêque de Constance, Salomon : « Tout y est aux prises : l'évêque, le comte, le vassal, les frères contre les frères, les parents contre les parents et les citoyens dans la même ville1. » C'est le brigandage universel. « C'est la vieille Germanie, remarque Jules Zeller, qui revient à la surface. Les comtes avec leurs vassaux remplacent les anciens chefs et leurs compagnons ; c'est une guerre de châteaux, au lieu d'une guerre de bois et de clairières.2 »

Comment une idée nationale eût-elle pu, comme d'aucuns le prétendent, germer dans ce chaos ensanglanté ? Comment surtout, la Lotharingie, le pays qui conservait encore les traditions de la culture carolingienne, eût-elle pu tourner ses regards et ses aspirations du côté de la rive droite du Rhin ? Qu'avaitelle à attendre, à cette époque comme dans les siècles antérieurs, de cette affreuse et barbare région ?

Même dans la contrée de la rive droite du Rhin, où dominaient

1. C. Bayet, dans La.visse et Rambaud, Histoire générale, t. I, p. 522.

Page 1