D'OUTREMER
Le fondateur de la dynastie saxonne des rois de Germanie, Henri Ier l'Oiseleur mourut en 936, la même année que le roi de France Raoul. Otton Ier le Grand, son fils, comprenant que la Lorraine était toujours le foyer de la civilisation opposé à la barbarie germaine, mit tout en œuvre pour se rattacher à la tradition franque et carolingienne qu'il eut la prétention de continuer. Tandis qu'Henri son père, avait, comme Arnulf, dédaigné de se faire sacrer par l'Église, Otton, à l'exemple des Carolingiens légitimes, tint essentiellement à cette cérémonie religieuse et lui redonna son ancien éclat. Il voulut qu'elle eût lieu, non à Francfort, sur la rive droite du Rhin, mais à Aix-la-Chapelle, dans l'ancienne capitale de Charlemagne. Il crut, par là, en dépit de son origine saxonne, se rattacher les Francs Austrasiens, si fermement fidèles à la dynastie carolingienne. Par ce Saxon, commence la germanisation de la rive gauche du Rhin.
Tous ses vassaux d'Allemagne furent convoqués à son couronnement. Lui-même quitta le manteau flottant des Saxons pour endosser la tunique franque. L'archevêque de Mayence présida la cérémonie, dans la chapelle octogone du palais d'Aix, que l'on voit encore aujourd'hui. Il présenta aux seigneurs
assemblés, Otton, proposé par son père, choisi par Dieu et fait roi par les grands, formule qui englobait les triples droits de la famille à l'hérédité, des grands à l'élection et de l'Église à la consécration. « Puis, l'archevêque ceignit Otton de l'épée et du baudrier, en lui rappelant qu'avec cette arme il devait combattre tous les païens et les mauvais chrétiens. Il couvrit ses épaules du manteau royal qui descendait jusqu'aux talons, en l'exhortant à persévérer toujours dans le zèle delà foi. Il lui mit le sceptre dans la main comme un instrument de miséricorde en faveur des chrétiens, des veuves et des orphelins; il l'oignit de la sainte huile, et enfin, il lui posa sur la tête la couronne royale enrichie de pierreries, signe de la royauté1. » Tel est le cérémonial qui fut observé durant tout le moyen âge.
Vingt cinq ans plus tard, le 2 février 962, Otton devait être sacré empereur, à Pavie, par le pape Jean XII : c'est ainsi que la dignité impériale passa aux princes saxons, rois de Germanie. Le pape salua Otton des titres à' Auguste et de César renouvelés de Gharlemagne et de Constantin. L'orgueil du peuple saxon qui se trouvait, par là, substitué à cette noble nation des Francs dont il était jaloux, s'exalta tout de suite en dithyrambes infatués, qui se renouvellent encore chez les historiens allemands de nos jours. « Les Saxons, écrit déjà le moine saxon Widukind, étaient si fiers de voir la couronne sur la tête d'un prince de leur race, qu'ils prétendaient ne plus avoir de devoirs à remplir vis-à vis des hommes d'une autre nation allemande, comme s'ils tenaient tous leurs fiefs de la seule grâce de leur roi saxon. »
En France, depuis la mort de Raoul, régnait un fils de Charles le Simple, le jeune Louis d'Outremer, plein d'ardeur, conscient de sa mission, mais dépourvu de moyens d'action. En dehors de lui, la race de Charlemagne, regia prosapia Carolorum, comme disent les chroniques, n'était représentée que par des femmes ou des bâtards 2. Par ce prince, remarque Robert Parisot, « les anciens souvenirs se réveillèrent, la vieille affection pour les Carolingiens se ralluma ».