‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 54 sur 250 · Flodoard, Chron., anno 939; Ph. Lauer, p · texte numérisé non relu

Flodoard, Chron., anno 939; Ph. Lauer, p

vieux titre de : Dux Sueviae et Alsatiœ ou de Alamannorum et Alsatiorum dux.

Imposer un Saxon aux Francs Austrasiens, c'était déjà, pour ces derniers, le plus humiliant des outrages. Et cependant, le roi de Germanie ne s'en tient pas là. Ne voulant pas laisser sans vengeance la tentative de Louis d'Outremer sur la Lorraine, il s'allie aux vassaux révoltés du roi de France et celui-ci est forcé de quitter Laon, sa capitale, pour se réfugier en Bourgogne. L'armée d'Otton était composée de Barbares de toute race, qui n'avaient rien perdu des mœurs des anciens ravageurs : des bords de l'Aisne à ceux de la Seine, tout le pays fut mis à sac; quand il n'y eut plus rien à piller, au mois de septembre, Otton reprît le chemin de l'Allemagne.

A son tour, dès la fin de 940, Louis d'Outremer prend sa revanche ; il pénètre en Lorraine, appelé par les seigneurs du pays, qui ne peuvent supporter Henri le Saxon. Otton n'évite la guerre qu'en débarrassant les Lorrains de son propre frère ; il est obligé de leur donner un Lorrain : d'abord le comte Otton, fils de Ricuin, puis, Henri, fils de Giselbert.

Un grand plaid qui se réunit à Visé, sur les bords de la Meuse, en octobre 942, et où furent convoqués les principaux seigneurs français, lorrains et allemands, n'aboutit qu'à un arrangement précaire. Dès l'année suivante, les rois de France et de Germanie rentrent en lice. Otton voulait introniser en Lorraine son gendre, Conrad le Roux. Ce choix allemand souleva les seigneurs, à leur tête Rainier et Raoul, neveux de Giselbert. Otton, furieux, convoqua à Aix-la-Chapelle tous les seigneurs lorrains pour les obliger à faire acte de soumission. Des émissaires du duc de France, Hugues le Grand, vinrent aussi exciter Otton contre Louis d'Outremer qui fut représenté comme fauteur de la révolte. C'était de nouveau la guerre, et le roi de France, sans ressources et toujours aux prises avec ses grands vassaux, n'était point en état de la soutenir.

Otton fit pendre ou jeter en prison tous les partisans du roi de France qui ne vinrent pas se jeter à ses pieds. Enfin, au plaid de Duisbourg, en mai 945, il reçut en grâce les archevêques de Trêves et de Tongres. Louis d'Outremer, lui-même,

dépouillé de ses possessions et de son prestige royal par les trop puissants feudataires de son royaume, en fut réduit à se rapprocher du roi de Germanie et même à solliciter son intervention contre le duc de France Hugues le Grand.

Otton ne demandait pas mieux que d'envahir la France, comme il l'avait déjà fait en 940; l'herbe avait repoussé, les moissons doraient de nouveau les champs. Il n'était pas plus désintéressé en venant protéger Louis contre ses vassaux que lorsqu'il était venu favoriser la révolte des vassaux contre Louis. C'est à Cambrai qu'il concentra, en 946, son armée, forte de 32.000 Barbares germains. Il était accompagné de Conrad le Roux, duc de Lorraine, de Frédéric, archevêque de Mayence, de Robert, archevêque de Trêves, d'Ogon, évêque de Liège, de Beuves III, abbé de Corvey.

Les Allemands, malgré leur nombre, ne réussirent pas à s'emparer de Laon, défendue par Thibaut le Tricheur. Ils ne furent pas plus heureux sous les murs de Paris ; mais leurs bandes se répandirent partout dans les campagnes, massacrant et pillant jusqu'auprès de Rouen; puis, Otton s'en retourna, au bout de trois mois, en Allemagne, sans avoir même cherché à atteindre Hugues le Grand qui s'était retranché à Orléans.

L'année suivante, le 11 avril 947, nous trouvons Louis d'Outremer à Aix-la-Chapelle, où il est reçu, en famille, par Otton, « entouré de son frère l'archevêque Brunon, du duc de Lorraine Conrad, d'Hermann de Souabe, de l'archevêque de Mayence, Frédéric, de l'évêque de Cambrai, Foubert ». Le saxon Otton triomphait dans le palais même de Charlemagne et il y recevait l'héritier du grand Empereur des Francs ! Les Lorrains assistèrent impuissants et attristés à la ruine de leurs espérances d'indépendance sous l'égide d'un Carolingien.

En juin 948, au grand concile d'Ingelheim, présidé par le légat du pape et auquel assistaient 32 évêques, ainsi que Louis d'Outremer et Otton, entourés de nombreux barons, le roi de France exposa ses griefs contre Hugues le Grand ; il n'obtint que le secours moral de l'excommunication. Il lui fallut de nouveau avoir recours à l'intervention d'Otton, son beau-frère. Après une longue période de luttes et d'intrigues, la paix fut

signée en 950 et Hugues le Grand prêta enfin le serment de fidélité à son roi.

En 951, c'est Hugues le Grand qui, à son tour, cherche à se réconcilier avec Otton, et celui-ci se prête avec d'autant plus d'empressement à cette intrigue, qu'il ne tient nullement à trop favoriser son autre beau-frère, le carolingien Louis d'Outremer1. Avant de se rendre à Aix-la-Chapelle, Hugues envoie comme cadeau deux lions à l'Empereur ; aux fêtes de Pâques, il est reçu dans le palais de Gharlemagne avec les plus grands honneurs. Le duc de Lorraine, Conrad, le reconduisit jusqu'à la Marne et profita de cette chevauchée pour châtier quelques seigneurs lorrains, dont le comte de Hainaut, Rainier III, qui se montraient obstinément partisans de Louis d'Outremer2.

Celui-ci parut prendre son parti du rapprochement d'Otton et de Hugues le Grand. Comment eut-il pu faire autrement ? Ce prince, actif et courageux, passa les dernières années de sa vie à comploter en Lorraine, la terre des ses aïeux d'où les Saxons l'avaient chassé, à se débattre contre ses vassaux, à essayer de refouler les invasions hongroises. Il mourut à Reims, d'un accident de chasse, le 10 septembre 954, âgé seulement de 33 ans : il en avait régné dix-huit.

1. Nous rappelons que le duc de France Hugues le Grand avait épousé Hatuide (ou Hedwige), sœur d'Otton le Grand, et le roi Louis d'Outremer avait, de son côté, épousé une autre sœur d'Otton le Grand, Gerberge. Hugues le Grand et Louis d'Outremer étaient donc beaux-frères par leurs femmes.

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