Ph. Lauer, Louis IV d'Outremer, p
l'archevêque brunon.
le roi de france lothaire.
A la mort de son père, le fils de Louis d'Outremer, Lothaire, avait 13 ans. Son oncle Brunon, archevêque de Cologne et duc de Lorraine, et sa mère Gerberge, sœur de Brunon, lui assurèrent le trône de France. Hugues le Grand, qui était aussi son oncle par alliance, donna son appui à son intronisation. Ainsi, successeur légitime par le sang, Lothaire fut élu par les grands, enfin couronné et sacré à Reims, le 12 novembre 954. Cet enfant ne risquait point de contrarier ni les visées ambitieuses du duc de France, ni de revendiquer la Lorraine contre Otton le Grand, « qui avait, comme dit Raoul Glaber, ajouté à ses Etats de Saxe, la partie la plus éminente du royaume des Francs, qu'on nomme encore Lotharingie ».
Le jeune Lothaire était, pour quelque temps au moins, à la merci de ses deux oncles. Quand Hugues le Grand fut décédé en 956, il n'eut plus qu'un tuteur, l'archevêque Brunon. Alors, le roi Otton s'empressa d'appeler les grands de Lorraine à Ingelheim et d'exiger d'eux le serment de fidélité. Cette précaution n'empêcha pas la plupart des Lorrains, à l'instigation de Rainier III, de se révolter contre Brunon, dès l'année suivante. Le jeune Lothaire, entraîné par ses liens de famille, fut contraint de faire cause commune avec Brunon et Otton.
Le malheureux Rainier, fait prisonnier, fut déporté chez les Slaves de Bohême où il mourut. Ses deux fils Rainier IV et Lambert, dépouillés de leur patrimoine, furent exilés à la cour de France et le gouvernement du Hainaut, confié à un fidèle d'Otton1.
Le 3 avril 959, Lothaire se trouvait à Cologne chez son oncle l'archevêque, pour célébrer la fête de Pâques Brunon, abusant de la circonstance, se fit donner par son neveu « asseurement » {securitas de regno), au sujet de la Lorraine2. Il voulut par là, se mettre en garde contre l'avenir : car, des seigneurs lorrains ne cachaient pas leur irréductible attachement au seul représentant légitime de la race de Gharlemagne.
Le jeune Lothaire était tombé dans un piège ; cet acte d'abandon de la Lorraine répondait si peu à ses sentiments qu'il ne devait pas tarder à le montrer, avec la dernière énergie. Toujours est-il que cet « asseurement », dès qu'il fut connu, parut aux Lorrrains un acte de trahison.
A peine Lothaire eut-il quitté Cologne, — il était de retour à Laon, avec sa mère, vers le milieu d'avril 959, — qu'une révolte générale éclata, à l'instigation d'Immon, seigneur de Chèvremont. Brunon ne vint à bout de dompter l'insurrection qu'en partageant le titre et les fonctions de duc avec Frédéric, le puissant comte de Bar et de Metz3.
L'ancienne Lotharingie fut ainsi, à partir de ce moment, partagée en deux provinces. L'une fut appelée Haute-Lorraine ou Lorraine mosellane parce que la Moselle la traverse. L'autre fut la Basse-Lorraine ou Lothier ; elle renfermait le Hainaut, le Brabant, le Cambrésis, l'évêché de Liège, la Gueldre. Chacune de ces provinces eut des ducs particuliers qui, comme partout à cette époque, devinrent rapidement héréditaires et à peu près indépendants.
Néanmoins, l'archevêque Brunon n'eut garde de se laisser dépouiller de la tutelle de son neveu Lothaire. Il l'aida constamment de ses conseils et de son expérience des affaires. En