‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 57 sur 250 · F. Lot, op. cit., p · texte numérisé non relu

F. Lot, op. cit., p

voulut les venger : ce fut le début de guerres longues et dévastatrices.

Le roi Lothaire avait un frère puîné, Charles, qui va jouer un rôle considérable dans les événements où le sort de la Lotharingie est en jeu. Charles avait alors 23 ans ; il était ambitieux, mais turbulent et léger. Il aida d'abord son frère et ses alliés dans leur campagne contre le Hainaut et la Flandre ; puis, tout à coup, on le voit prêter l'oreille aux avances perfides d'Otton II qui le nomme duc de Lorraine. C'était une trahison dont Charles et les siens devaient subir, plus tard, le châtiment1.

Lothaire n'en poursuivit qu'avec plus d'ardeur la revendication de ses droits sur la Lorraine. En 978, raconte le moine Richer, Otton étant venu tenir sa cour dans la ville impériale d'Aix-la-Chapelle, Lothaire affecta de considérer cet acte comme une provocation. Il convoqua, à Laon, le duc de France Hugues et tous ses fidèles : « Otton, leur dit-il, non content d'avoir usurpé une partie de mon royaume, est venu se fixer à la frontière ; n'est-ce pas le comble de l'audace ? » Les barons approuvent et jurent à Lothaire de le suivre et de chasser le roi de Germanie de la rive gauche du Rhin.

Le secret sur ce projet fut si bien gardé que l'armée ne sut point contre quels ennemis on la dirigeait. On traversa la Meuse; la ville d'Aix-la-Chapelle fut surprise sans défense. Mais Otton, réussit à fuir avec toute sa famille ; il se réfugia à Cologne. Lothaire avait manqué son coup de main. Avant de quitter Aix, pour rentrer à Laon, il se donna la satisfaction d'amourpropre de retourner vers l'Est l'aigle de bronze qui surmontait la coupole du Palais impérial : c'était l'attitude symbolique que, primitivement, Charlemagne lui avait donnée comme une menace pour la Germanie ; les rois Saxons l'avaient retourné face à l'ouest, pour en faire une menace contre la France occidentale.

La réponse à cet acte singulier d'agression ne se fit pas attendre. Otton II enrôla dans son armée le frère môme du roi de France, Charles, son vassal, à qui il promit la couronne, s'il

l'aidait à détrôner Lothaire. Toute la Barbarie se leva à l'appel d'Otton, comme au temps des grandes ruées des Germains. La France de l'Est subit les horreurs d'une nouvelle invasion. Otton, toutefois, ne réussit pas à s'emparer de Paris, défendu par le duc Hugues (Gapet). Il dut se contenter de rassembler, au sommet de Montmartre, une troupe de clercs qui chantèrent Y Alléluia, de façon à affirmer bruyamment sa victoire aux oreilles des Parisiens; puis, il leva le camp1.

Lothaire et Hugues se mirent à sa poursuite; ils faillirent le surprendre au passage de l'Aisne, massacrèrent son arrièregarde et capturèrent ses bagages. Quant à Charles de Lorraine, il suivit honteusement Otton dans sa retraite.

Otton II mourut àRome, en 983; son fils Otton'III quin'avait que trois ans, ne fut qu'un instrument aux mains de l'archevêque de Reims, Adalbéron. Imbu d'idées théologiques appliquées à la politique, celui-ci rêvait du rétablissement de l'Empire chrétien de Constantin et de Charlemagne, pour faire de l'Empereur le soldat du Christ dévoué au Souverain Pontife. Quant à Lothaire, il n'avait qu'une idée : mettre à profit l'âge du roi de Germanie pour tâcher de reprendre la Lorraine. Dans ce but, il essaya de s'entendre avec Henri de Bavière; ils convinrent de se rencontrer à Brisach, le dimanche 1er février 985. Au terme convenu, Lothaire et son fils, le futur Louis V, se rendirent au rendez-vous avec une armée ; ils traversèrent les Vosges par le col de la Schlucht.

Mais le duc de Bavière manqua à sa parole : il ne vint pas2. Le retour des Français fut contrarié à la fois par la saison et par la perfidie de Godefroi de Verdun qui souleva contre l'armée royale les montagnards Vosgiens. Rentré à Laon, Lothaire ne songea plus qu'à venger cet affront : il se précipita sur Verdun dont il s'empara (985).

Les intrigues d'Adalbéron amenèrent Lothaire à traduire l'archevêque de Reims qui était son vassal, devant l'assemblée des grands, à Compiègne, sous l'inculpation du crime de

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