H. Pirenke, Histoire de Belgique, t. I, p
2. G. Kurth, dans les Mémoires couronnés, de lAcad. de Belgique, t. XLVIII, 1895-1898), I et II, t. II, pp. 33-34.
naissance des deux langues, le roman et le tudesque, d'être choisi pour chef de la première Croisade en 1096 : c'étaient les deux langues principales de ses soldats1. Au commencement du xine siècle, Guillaume le Breton appelle les soldats du duc de Lorraine, Lotharingi bilingues.
Pour le clergé qui écrivait en latin, mais qui était obligé d'évangéliser des populations de langues diverses, c'était une préoccupation d'avoir des clercs parlant à la fois la langue noble, c'est-à-dire le roman, et les dialectes tudesques, de même qu'aujourd'hui, il en est qui doivent, pour l'exercice de leur ministère, connaître à la fois le français et le breton ou le provençal, ou le basque ou même nos patois ruraux. Il ne faut pas s'exagérer la gêne qui résulte de cette dualité de langues populaires, que les contemporains ont remarquée comme nous. Elle n'a jamais, à aucun moment, servi de base à une répartition politique des populations, ni à l'époque mérovingienne ou carolingienne, ni plus tard. Tous les linguistes le reconnaissent : « Nulle part, dit Godefroid Kurth, la langue n'apparaît, dans la Gaule dominée par les Francs, comme un élément constitutif de nationalité3. » Dans les partages territoriaux, si souvent renouvelés, des successeurs de Charlemagne, jamais une limite n'est établie d'après les frontières linguistiques ; à aucun moment et par qui que ce soit, l'argument linguistique n'est invoqué, et il en fut de même, nous le verrons, à l'époque moderne.
Cette multiplicité de langues et de dialectes, au moyen âge, dans la région rhénane et meusienne, n'avait pas plus d'importance que dans le reste de la France, où nous avons la langue d'oïl et la langue d'oc, le breton, le provençal, le basque, sans compter tous nos patois. Aujourd'hui encore, presque partout, en France, les populations sont bilingues : elles savent le français et leur patois local.
Historiquement, cette diversité, nous y insistons à dessein pour répondre à un préjugé courant, ne peut fournir aucun indice ethnique, puisqu'il est avéré que, parmi les Francs, en