G. Kurth, op. cit., t. Il, p
Gaule, les uns se servaient du roman, les autres, de leur vieux dialecte germanique.
En un mot, on n'attachait pas à la langue l'importance jalouse que nous lui donnons aujourd'hui. Brunetto Latini, le maître de Dante, écrit son Trésor, non en italien, mais en français, parce que, dit-il, « la parlure de France est plus commune à toutes gens ».
Dès lors, que vient-on, aujourd'hui, dans les polémiques que soulève la question rhénane, chercher à tirer argument d'anciennes frontières linguistiques ? Des savants ont récemment fait, avec une méthode et une patience admirables, des études de linguistique et d'onomastique très précieuses et dont il faudra toujours tenir le plus grand compte. Mais on en a, parfois, tiré des conclusions singulières. La linguistique comporte logiquement des conclusions linguistiques, mais non pas des conclusions ethnographiques, ou plutôt les répercussions ethnographiques qui découlent des recherches linguistiques sont singulièrement délicates à apprécier. Bref, nous savons, à présent, en ce qui concerne les Francs : 1° que ces frontières linguistiques ont varié et n'ont jamais été des frontières ethniques, puisque les Francs parlaient, les uns le roman, les autres le francique; 2° que les Francs eux-mêmes n'ont jamais fait entrer en ligne de compte ces frontières linguistiques dans le démembrement de l'empire de Charlemagne et dans les partages territoriaux de leurs royaumes.