Lavisse, Histoire de France, t. II, 2e partie, p
Franche-Comté, mais il l'ut battu, déposé, et la révolte étouffée dans le sang. La Haute-Lorraine fut donnée par Henri le Noir, d'abord au comte Adalbert, duc d'Alsace, puis, lorsqu'Adalbert eut été tué en 1048, à Gérard d'Alsace. Sous ces princes, le sort de l'Alsace fut uni à celui de la Lorraine mosellane.
En 1046, Henri le Noir étant en Italie pour les fêtes de son couronnement impérial, le roi de France crut l'occasion venue de reprendre la Lorraine : cet héritage moral que, lui avait légué son père Robert le Pieux, lui tenait au cœur par-dessus tout. Dans l'appel qu'il adresse à tous ses vassaux pour leur réclamer le service de guerre, le roi de France proclame hautement qu'il veut reprendre « le royaume et le palais d'Aix-la-Chapelle » ; il les revendique en vertu de son droit héréditaire, « comme possession de ses ancêtres l » ; il entend reconquérir le royaume de Lorraine « que la perfidie des Empereurs a ravi à ses prédécesseurs, mais sur lesquels il a conservé ses droits héréditaires2 ».
Mais le roi Henri dut se borner à ces bruyantes démonstrations ; il ne fut pas suivi. Ses embarras en France avec ses grands vassaux ne lui permirent point de pousser son projet jusqu'à sa réalisation. Du moins, il est remarquable qu'il n'abandonna jamais, « ce qu'il tenait, remarque Luchaire, pour un droit imprescriptible de sa Couronne. Quand il revit une seconde fois l'Empereur, à ïvois (en 1056), il lui reprocha, diton, avec vivacité, ses fausses promesses et l'obstination qu'il mettait à retenir entre ses mains cette portion du territoire français, injustement acquise par les rois de Germanie, ses prédécesseurs. La discussion devint bientôt si acerbe que l'Empereur défia le roi de France en combat singulier. Henri Ier refusa, rompit les négociations, et, s'il faut en croire la chronique allemande, s'enfuit pendant la nuit avec les siens3».
Ainsi, remarque un savant juriste, Jacques Flach, le roi de France affirme solennellement les droits héréditaires de sa Couronne sur la Lorraine. C'est en vain que le chroniqueur alle-
1. Sibi vindicare rcgnum et palalium ab antccetsoribus hercditario jure sibi debitum.
2. Sedes regni antecessoribus dolo circumventis sublata, jure hercditario repetenda, Luchaike, dans La. visse, Ilist. de France, t. II, 2e partie, p. 165.