A. Luchaike, dans Layisse, op. cit., p
mand qui rapporte sa protestation la déclare un acte injurieux et hostile (contumeliose atque hostiliter objurgatus). Et par surcroît, le roi de France, comme s'il avait quelque souvenir de l'antique réputation de fourberie des Germains, reproche avec véhémence à l'Empereur de lui avoir menti en une foule d'occasions {inulta sœpe sibi mentitus fuisset).
Le fils d'Henri le Noir, l'empereur Henri IV, est surtout célèbre par ses démêlés avec son fils et le pape Grégoire VII. Les villes du Rhin, Coblence, Mayence, Cologne, furent le théâtre des tragiques entrevues de Henri IV et de son fils Henri V, révolté contre lui. Le père fut emprisonné au château de Klopp, auprès de Bingen. Ayant réussi à s'échapper des mains de son misérable fils, il se réfugie à Cologne, puis à Liège, d'où il est réduit à écrire au roi de France, pour lui faire part de sa lamentable situation et implorer sa protection. Il mourut en exil, à Liège, le 7 août 1106. Son fils, qui l'avait détrôné, continua avec le pape la querelle fameuse des Investitures, jusqu'à ce que l'accord de Worms, en 1122, rétablît une paix apparente. Dès lors, Henri V tourna son regard de haine et de convoitise du côté de la France où régnait Louis VI le Gros. N'avait-il pas à reprocher au roi de France de s'être montré favorable au pape et de manifester sans cesse des projets ambitieux sur la Flandre et la France rhénane ? Henri V envahit la France à la tête d'une armée immense qui se dirigea sur Reims (1124).
Mais au temps de Louis le Gros, la royauté capétienne était enfin affermie et respectée ; le sentiment national se souleva .spontanément contre l'étranger. « Jamais, raconte Luchaire, agression de l'Allemagne sur la France n'avait suscité un pareil émoi. On vit se grouper rapidement autour du Roi, toutes les forces militaires de la féodalité et de l'Église, au moins celles de la France du Nord, car les contingents de l'Aquitaine, de la Rretagne et de l'Anjou n'auraient pu arriver à temps1 ». La France frémit, dit Suger, et s'indigna de l'audace des Allemands. « Quand, de tous les points du royaume, notre puissante armée fut réunie à Reims, il se trouva une si grande
1. A. Luchaire, dans Lavisse, Hist. de France, t. II, 2* pari., p. 329.
quantité de chevaliers et de gens de pied, qu'on eût dit des nuées de sauterelles qui couvraient la surface de la terre, non seulement sur les rives des fleuves, mais sur les montagnes et dans les plaines. Le Roi ayant attendu là, une semaine toute entière, l'arrivée des Allemands, les grands du royaume se préparaient au combat et disaient entre eux : « Marchons hardiment aux ennemis ! Qu'ils ne rentrent pas dans leurs foyers sans avoir été punis, et ne puissent pas dire qu'ils ont eu l'orgueilleuse présomption d'attaquer la France, la maîtresse de la terre. Que leur arrogance obtienne ce qu'elle mérite, non dans notre pays, mais dans le leur même, que les Français ont subjugué, et qui doit leur rester soumis, en vertu du droit de souveraineté qu'ils ont acquis sur lui ; ce qu'ils projetaient d'entreprendre furtivement contre nous, rendons-le leur ouvertement. » Ainsi, Suger se fait l'écho de l'opinion de tous, en proclamant à son tour les droits de la France sur la Lorraine. Quelques conseillers du Roi étaient d'avis « d'attendre que les ennemis fussent entrés sur notre territoire, de leur couper la retraite, de les égorger sans miséricorde comme des Sarrasins, d'abandonner sans sépulture, aux loups et aux corbeaux, le corps de ces barbares, massacre justifié par la nécessité de défendre notre pays » (Suger).
Lorsque l'empereur Henri V, après avoir dépassé Metz, se vit en présence de cette puissante armée qui paraissait si bien organisée pour le combat, si pleine d'ardeur, suivie même d'une arrière-garde sous les ordres du comte de Flandre, il s'arrêta, puis s'en retourna déconcerté en Allemagne.
Louis le Gros ne le poursuivit pas ; il avait trop d'affaires sur les bras pour prendre, à son tour, l'offensive. Mais, remarque Luchaire, cette expédition avortée eut un résultat décisif. IL s'était produit là, dans cette plaine de Champagne où l'armée capétienne se massait autour de l'étendard de Saint-Denis, un phénomène caractéristique qu'on reverra à Bouvines. Pendant quelques jours au moins, le seigneur de l'Ile-de-France avait été vraiment le roi de France1.