A. Luch.vike, dans Lvvisse, op. cit., pp
Henri V mourut peu après cette tentative, à Utrecht, en 1125; en lui finit la dynastie des empereurs de la maison de Franconie. Après une période de troubles, l'élection de Conrad III, en 1138, donna le trône impérial, pour plus d'un siècle, aux princes de la maison de Souabe, les Hohenstaufen. Le plus fameux d'entre ceux-ci, Frédéric Ier Barberousse, réussit à faire, de toute la vallée du Rhône, du Dauphiné et de la Provence, un pays d'Empire. A la diète solennelle de Besançon, en 1157, il parut entouré de la noblesse féodale de toute la région. Et l'on voit, ici encore, que la question de langue et de race n'est pas en jeu, car dans toute cette contrée, il y avait des populations d'origines diverses et la langue parlée était le français.
Lorsqu'à Wurzbourg, le 17 juillet 1157, Frédéric Barberousse eut fait alliance avec le roi d'Angleterre Henri II Plantagenet, le roi de France, Louis VII le Jeune, se sentit menacé d'une nouvelle invasion. Il fit des préparatifs de défense et commença à rassembler les milices locales. Heureusement, le schisme religieux qui éclata en 1159, et dans lequel Frédéric Barberousse était si directement intéressé, détourna l'orage. A l'occasion de l'entrevue projetée de Saint-Jean-de-Losne, le roi Louis VII vit éclater, une fois de plus, la ruse et la perfidie allemandes : déjà, comme en 1870, on falsifie des textes officiels pour tromper le roi de France. Frédéric délégua l'archevêque de Cologne, Renaud de Dassel, pour faire à Louis VII d'hypocrites excuses '.
Maitre de la région rhénane où l'épopée carolingienne se développait et devenait de plus en plus populaire, Frédéric Barberousse se montra un admirateur passionné de Charlemagne. Il obtint du pape Pascal III, en 1165, que Charlemagne fût honoré comme un saint. Alors, il vint à Aix-la-Chapelle, ouvrit le caveau funéraire qui n'avait pas été violé depuis Otton III ; il fit placer la vénérable dépouille de Charles, dans une châsse qu'on transféra solennellement dans le « Hochmùnster », avec le trône de marbre du grand Empereur franc sur lequel les Empereurs allemands furent désormais couronnés.
1. A. Lucuuke, dans LavissE, Hist. de France, t. ILI, lr* part., p. 38 et suiv.
En France, sous Louis VII le Jeune, commence la lutte contre la domination anglaise, qui va longtemps absorber les efforts de nos rois et les distraire de la question rhénane. Dès 1171, Louis VII forme le projet de se liguer avec Frédéric Barberousse pour abattre la puissance d'Henri II Plantagenet; il eut, en effet, une entrevue à ce sujet avec l'empereur, à Vaucouleurs. Mais les négociations n'aboutirent pas; il y avait trop de traditions de défiance et d'hostilité entre Louis VII et Frédéric, pour que l'on pût trouver un terrain commun d'entente. Le contraste social des Français et des Allemands s'accentuait, d'ailleurs, tous les jours davantage. Luchaire raconte que du temps de Louis VII le Jeune, il y avait, à Paris, un grand nombre d'étudiants allemands : ils affectaient de se scandaliser de la simplicité du Roi comparée au cérémonial qui accompagnait, chez eux, la majesté impériale. Ils se moquaient de Louis VII « parce qu'il vivait en bourgeois, parmi les siens, qu'il n'avait pas l'allure d'un tyran à la mode des Barbares, et qu'on ne le voyait pas toujours entouré de gardes, comme quelqu'un qui craint pour sa vie1 ». Ce curieux témoignage est extrait d'une lettre de Jean de Salisbury écrite en 1168, qui ajoute que ces étudiants allemands ne se gênaient point pour témoigner leur hostilité envers la France et son Pvoi : « Ils ont le verbe haut et la menace à la bouche » (loquuntur grandia, ni mis t urne rit).
Décidément, les temps modernes n'ont rien qui soit nouveau et l'Allemand n'a pas changé !
1. A. Lcchaire, dans L.wisse, Hist. de France, t. III, 1" part., p. 46.