‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 80 sur 250 · Luchaire, dans L.vvisse, op. cit., p · texte numérisé non relu

Luchaire, dans L.vvisse, op. cit., p

l'empire de Charlemagne sera toujours la pensée des rois de France, même lorsque réduits à ne plus posséder qu'un tout petit royaume, il leur faudra chasser de France les Anglais qui, par droit d'héritage féodal, en posséderont les deux tiers.

Le Bourguignon Raoul Glaber, qui mourut à Cluny vers 1050, montre déjà, avec fierté, la grande figure de Charlemagne planant sur les destinées de la Monarchie française naissante. Mais voici un poème, le Couronnement du roi Louis, qui dans sa rédaction du xinB siècle, nous exprime le sentiment national français sous sa forme la plus pure et la plus ardente, en le plaçant toujours sous l'égide de « ce Charles, dit Victor Hugo, qui rayonne jusqu'à nous à travers dix siècles et qui n'est sorti de ce monde qu'après avoir enveloppé son nom, pour une double immortalité, de ces deux mots, sanctus, magnus, saint et grand, les deux plus augustes épithètes dont le ciel et la terre puissent couronner une tète humaine ».

Tel est l'idéal que le poème médiéval propose aux rois de son temps qui, s'ils ne savent défendre la France comme le patrimoine que Charlemagne leur a légué, sont indignes du trône:

Lorsque Dieu divisa la terre en cent royaumes, En douce France il plaça le meilleur.

Le meilleur roi eut pour nom Charlemagne : Celui-là aura fait la grandeur de douce France. Dieu n'a point fait de terre qui ne dépende de lui : 11 alla prendre Bavière et Allemagne, Et Normandie et Anjou et Bretagne, Et Lombardie et Navarre et Toscane.

Roi qui porte la couronne d'or de France

Doit être prud'homme et vaillant de sa personne,

Et s'il est homme qui lui fasse tort,

11 ne doit échapper à la vengeance, ni en bois ni en plaine ;

Et le Roi ne doit s'arrêter qu'il ne soit mort ou demande grâce.

S'il ne fait ainsi, la France perd son honneur,

Et, — l'histoire le dit, — il est couronné à tort1.

Et plus le temps marche, plus la figure de Charlemagne

1. Le Couronnement Loys, cité par G. Paris, Hist. poét. de Charlemagne, p. 352.

grandit par l'épopée et devient populaire en France. Et sans cesse on rappelle les exploits merveilleux du grand Empereur qui « avec ses chevaliers français, avait conquesté les Allemaignes, » et développé l'œuvre de Glovis, le fondateur de la Monarchie. « A mesure que le temps s'éloigne, remarque Albert Sorel, l'image du grand Empereur s'élève et prend des proportions colossales. De Philippe Auguste à Napoléon, elle plane sur l'histoire de France. C'est dans la Geste de l'Empereur qu'il faut rechercher la première origine d'une tradition politique qui, par un étrange retour des choses, devait au xixe siècle aboutir à réaliser, devant l'Europe consternée, ce prodige d'Empire occidental que les poètes du moyen âge proposent comme une légende merveilleuse aux imaginations populaires1. »

Oui ! il est, dans l'histoire de la civilisation du monde occidental deux grands miracles historiques. Le premier, c'est la formation et la durée de cet Empire romain qui assura au monde méditerranéen cinq siècles de paix et de prospérité, car les expéditions que dirigèrent ses empereurs contre les Parthes, les Germains ou les Daces, sur l'Euphrate, le Rhin ou le Danube, sont des guerres sur les frontières, comparables à nos expéditions coloniales. Cette politique romaine, dont les empereurs se transmettent la tradition, depuis Jules César jusqu'aux successeurs de Théodose, en dépit de leurs rivalités, parfois de leurs crimes ou de leur dépravation morale, est l'un des phénomènes les plus étonnants de l'histoire du monde.

Le grand fait historique qui, après la chute de l'Empire romain, est bien, lui aussi, un miracle, c'est la mission glorieuse que se donna la dynastie de nos Rois de la troisième race, de former la Monarchie française en s'efforçant graduellement et de règne en règne, d'agrandir le domaine royal jusqu'au rétablissement de la France dans ses limites gauloises et chlodovéennes, c'est-à-dire dans ses frontières naturelles, depuis l'Océan et les Pyrénées jusqu'aux Alpes et au Rhin. Ne dirait-on pas, en vérité, que chacun de nos rois, en mourant, a confié à son successeur ce secret politique, en lui faisant jurer d'y rester

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