‹ Le Rhin dans l'histoire (volume 2)Chapitre 95 sur 250 · Petit-Dutaillis, op. cit., p · texte numérisé non relu

Petit-Dutaillis, op. cit., p

2. Ordonnances des rois de France, t. XIII, p. 408 ; cf. A. Sorjel, op. cil., 1. 1, pp. 255-256.

Mais l'armée du Roi n'était pas composée d'éléments plus disciplinés que celle du Dauphin. Les populations, françaises de cœur, virent venir avec terreur ces régiments de pillards. Pourtant, la ville d'Epinal accueillit bien le Roi (4 septembre 1444) qui lui garantit ses franchises. Metz opposa, au contraire, aux Ecorcheurs la résistance la plus vigoureuse. En vain, un légiste habile, le conseiller du roi, Jean Rabateau, expose avec fermeté aux ambassadeurs messins : « Le Roi prouvera suffisamment, si besoin est, par les chroniques et par l'histoire, que les Messins ont été, de tout temps, sujets du Roi, de ses prédécesseurs et du royaume. » « Le dit roy de France et ceux de son Conseil, rapporte le chroniqueur Mathieu de Goucy, entendoient quant à eux, faire guerre à bon titre, disant qu'icelle ville et cité, de très longtemps et d'ancienneté, estoit et devoit estre tenue soubs la souveraineté de la Couronne de France. » Ce fut peine perdue; les Messins tinrent bon: amis des Français, exécrant les Allemands, Français eux-mêmes par la langue, les mœurs, leurs traditions, mais par dessus tout, jaloux de leur autonomie politique.

Il en était de même, au fond, de toutes les petites souverainetés des pays rhénans. Désorientées, depuis tant de générations, par le particularisme féodal, ne sachant plus à quel saint se vouer, on les voit, finalement, invoquer tour à tour l'appui du Roi contre l'Empereur et l'appui de l'Empereur contre le Roi, ne cherchant, en réalité, qu'à se rendre indépendantes, comme le firent les Cantons suisses, à l'abri de leurs montagnes. « Le Roi, dit Jean Rabateau, estoit bien adverti qu'ils estoient coustumiers de faire et trouver telles cautelles et cavillation, et comment quand l'empereur d'Allemagne estoit venu... à grande puissance et intention de les vouloir contraindre d'obéir à luy, pour leur défense, ils se disoient lors estre dépendants du royaume de France et tenants de la Couronne ; semblablement, quand aucuns roys des prédécesseurs du roy de France estoient venus pour les faire obéir à eux, ils se disoient lors estre de l'Empire et subjects de l'Empereur. » (Mathieu deCoucy1.)

1. Ai.uKLir Somx, l'Europe cl lu Révolution française, t. I, \>. 256.

Le 28 février 1445, Charles VII renonçant à séduire ou à réduire les Messins, signa avec eux un accord par lequel ils s'engagèrent notamment à abandonner les créances qu'ils avaient sur le bon roi René. Ils donnèrent quittance à leur duc, de cent mille florins sur la somme qu'ils lui avaient prêtée et et ils rentrèrent dans le devoir, en conservant leurs libertés qu'ils achetèrent toutefois moyennant 200.000 éeus d'or payés au roi de France. La plupart des autres villes de Lorraine, Saint- Nicolas-du-Port, Toul et Verdun, moins fortes que Metz, acceptèrent la protection du roi de France et se mirent sous sa sau vegarde, dont elles promirent de payer les avantages par une redevance annuelle1.

Si, au point de vue militaire et des agrandissements territo riaux, cette campagne de 1444 fut d'un médiocre résultat, elle n'en eut pas moins une énorme influence morale sur les populations rhénanes. La Monarchie française, comme on l'enseignait, remontait à Clovis qui avait possédé toute la Gaule, y compris l'Austrasie franque ; son domaine ainsi fixé, restait inaliénable ; seules, l'usurpation, la force ou la fraude en avaient distrait certaines parties que les rois de France devaient chercher à recouvrer, inlassablement et par tous les moyens. L'expédition rhénane de Charles VII et du dauphin Louis montra au peuple rhénan que, libéré des Anglais, le roi de France n'abandonnait rien de ses revendications séculaires sur le Rhin. « La bannière du roi de France, écrit justement Petit-Dutaillis, avait été promenée victorieusement jusqu'au Rhin, dans les pays mêmes que le duc de Bourgogne convoitait. Enfin, l'alliance avec les Suisses avait été amorcée. »

Charles VII continua à flatter et à subventionner les petits souverains rhénans, menacés par l'ambitieux duc de Bourgogne. En 1445, ses émissaires concluent des traités d'alliance avec l'archevêque de Trêves, Jacques de Sierck, ancien conseiller du roi René ; avec l'Électeur Palatin Louis de Bavière, naguère allié de Philippe le Bon ; avec l'archevêque de Cologne, alors en guerre avec le duc de Clèves, beau-frère de Philippe le Bon :

1. Petit-Dutaillis, Étude sur la vie et le règne de Louis VIII, p. 306.

Le Rhin dans l'histoire. — II. 14

Charles VII envoie même à l'archevêque 400 hommes d'armes et 1.200 archers. D'autres traités sont signés avec le duc de Juliers; le comte de Bankenheim; Frédéric, Electeur de Saxe ; Guillaume, duc de Saxe, compétiteur de Philippe le Bon pour le Luxembourg l. Ces féodaux allemands ne feront pas longtemps honneur à leur signature.

Ils continuaient d'ailleurs leur vie de brigandage. L'Electeur Palatin, Frédéric le Victorieux, étant en insurrection contre Frédéric III, celui-ci envoya Louis le Noir, duc de Deux-Ponts, ravager le Palatinat. En 1461, dix-huit princes étaient coalisés contre lui; l'Électeur vainquit tous ses ennemis. Mais les campagnes furent pillées et incendiées jusqu'à la dernière grange et ;iu dernier moulin.

De ces affreuses misères, il ressortait, pour les populations affamées et bouleversées, que le roi de France seul, était leur véritable protecteur, le premier monarque d'Occident : l'Empereur n'ayant, comme les Mérovingiens fainéants, qu'un prestige de majesté vaine. Dans la réalité des faits comme dans la tradition il était patent qu'en dépit du protocole, le véritable successeur de Charlemagne n'était pas l'empereur allemand, mais le roi de France. Dans le Débat des hérauts d'armes de France et d'Angleterre, rédigé vers 1455, le héraut de France invoque, comme toujours, Charlemagne, ses exploits, l'étendue de son empire franc : Charlemagne, le modèle des guerriers et des chevaliers français 2.

1. Petit-Dutaillis, Élude sur la vie et le règne de Louis VIII, p. 307.

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