Tacite, Ann
Usipètes complotent d'attaquer les Romains par derrière et de leur fermer le chemin de la retraite. Les habiles dispositions de Germanicus bouleversent leur plan; dès le premier choc, les barbares décimés, s'enfuient au loin dans les bois.
La campagne de l'année suivante débute par une brusque attaque du pays des Cattes, presque en bordure du Rhin. Les fortifications du mont Taunus sont augmentées, tandis qu'Apronius travaille aux digues, aux talus, aux chaussées de pénétration dans la forêt. Les Cattes sont massacrés, leurs cantons incendiés; ce qui restait se disperse.
Puis, voici que le beau-père d'Arminius, Ségestès, demeuré fidèle aux Romains avec un parti de Ghérusques, envoie à Germanicus une députation pour le prier de se hâter d'intervenir contre son gendre : cette ambassade comptait parmi ses membres Segimond, fils de Ségestès, qui jadis avait été pontife de l'Autel des Ubiens, puis avait combattu les Romains sous Arminius. Germanicus repart aussitôt et dans un heureux coup de filet il réussit à faire prisonnière la femme même d'Arminius, la fille de Ségestès. Emmenée en Italie, elle fut internée à Ravenne où elle mit au monde un fils1. A cette nouvelle, le tempérament violent d'Arminius éclate en fureur ; le barbare se livre aux plus terribles imprécations : « Jamais, dit-il à ses fidèles Ghérusques, en parlant de son beau-père, jamais les enfants de la guerre ne pardonneront à ce lâche d'avoir fait voir, entre l'Elbe et le Rhin, les verges, les haches et la toge romaine ! »
Germanicus mit en œuvre toutes ses forces pour atteindre les Barbares ; il concentra sa flotte, son infanterie, sa cavalerie sur les bords de l'Ems ; tout le pays entre ce fleuve et la Lippe fut ravagé. Les Chauques, ennemis des Chérusques, donnèrent leur concours à l'armée romaine. « Cécina, le chef de l'avantgarde, est envoyé pour sonder les profondeurs de la forêt, pour établir des ponts et des chaussées sur les terrains marécageux et mouvants; puis, l'on s'enfonce dans ces bois sinistres 2. » On retrouva les traces des campements successifs de Varus, puis le champ du massacre. « Au milieu, étaient des ossements