Tacitk, Ami., I
blanchis, épars ou entassés, suivant qu'on avait fui ou combattu; des monceaux d'armes brisées, des membres de chevaux, des têtes humaines attachées aux troncs des arbres. Dans les bois du voisinage on vit les autels barbares sur lesquels avaient été immolés les tribuns et les centurions... On se montrait l'endroit où Varus s'acheva de ses propres mains, l'estrade d'où Arminius harangua; les gibets, les fosses pour les prisonniers; tous les outrages dont Arminius, dans son orgueil, avait accablé les enseignes et les aigles romaines. »
Six ans s'étaient écoulés. On rassembla les ossements et on leur donna la sépulture ; Germanicus déposa sur eux la première touffe de gazon. Puis il prit ses dispositions pour poursuivre les Barbares et essayer de les atteindre dans leurs repaires . Mais après une escarmouche incertaine, l'ennemi se dérobant toujours, Germanicus ramena ses légions vers l'Ems et les rembarqua sur les vaisseaux qui les avaient amenées ; la cavalerie regagna le Rhin. Gecina, à l'arrière- garde, prit un autre chemin par les Pontslongs {pontes longos) : on appelait ainsi, dit Tacite, « une chaussée étroite entre dévastes marais, anciennement construite par Domitius ; des deux côtés, était une fange épaisse, visqueuse ou mouvante par les sources qui l'entrecoupaient ; tout autour s'élevaient des bois en pente douce ». C'est dans cette position périlleuse qu'Arminius revint attaquer. Le combat fut terrible et dura deux jours; les légions en sortirent victorieuses.
Mais pendant ce temps, le bruit s'était répandu, dans les garnisons du Rhin, que l'arrière-garde de l'armée avait été détruite et que les Barbares s'avançaient à grandes journées. La panique s'empara des troupes et des habitants de Y oppidum des Ubiens ; on voulut détruire le pont du Rhin. Agrippine, la femme de Germanicus, qui avait déjà montré tant de courage lors de la sédition des légions, s'opposa à cette lâcheté. « Cette femme magnanime, dit Tacite, fit alors les fonctions de général; elle distribuait des vêtements, des secours et des médicaments à tous les soldats pauvres ou blessés. Elle se tint à la tête du pont, ■complimentant à leur passage et remerciant les légions... ' »