‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 103 sur 211 · Tacite, Annales, I · texte numérisé non relu

Tacite, Annales, I

Où était Germanicus? Il ramenait sur ses vaisseaux le gros de son armée. Le flux et le reflux risquant, à cause du vent, de faire échouer les navires sur une mer remplie de bas-fonds, on débarqua deux légions que Vitellius fut chargé de rapatrier par terre. Tout alla assez bien au début. « Mais bientôt, le vent du nord, se joignant aux grandes marées de l'équinoxe, refoula les vagues sur nos bataillons : les eaux couvraient la terre. Déjà, l'on ne distinguait plus la mer, le rivage, les campagnes, les fonds solides et mouvants, les gués ou les précipices. Culbutés par les flots, submergés dans les abîmes, les Romains étaient encore embarrassés par les heurts continuels des chevaux, des bagages, des corps morts flottant de tous côtés. Les compagnies se confondent ; les soldats sont dans l'eau, tantôt jusqu'à la poitrine, tantôt jusqu'au visage; quelquefois la terre leur manque, ils disparaissent... » Enfin, on atteint une hauteur où l'armée passe la nuit dans l'angoisse, sans feu et sans provisions. La terre reparut avec le jour. Germanicus dut reprendre sur sa flotte les deux légions qu'il avait débarquées. Le bruit avait couru que toute l'armée avait péri ; on ne la crut sauvée qu'en la revoyant1.

Les légions étaient rentrées, somme toute, victorieuses, mais la Germanie n'était pas domptée. Après trois campagnes successives, Germanicus se rendit compte que pour pénétrer au cœur de la Germanie, il fallait prendre la voie de mer. « Par mer, il trouverait une route facile pour son armée, inconnue à l'ennemi. Il ouvrirait la campagne plus tôt; il embarquerait ses convois avec ses légions; et, en remontant par les fleuves, sa cavalerie arriverait toute fraîche au cœur de la Germanie2. » Mille vaisseaux sont construits, pontés et non pontés, les uns plats et longs, les autres courts et larges. Le point de concentration fut l'île des Bataves, « qui offrait des facilités pour l'abord des vaisseaux, pour l'embarquement des troupes et pour transporter la guerre où l'on voudrait ». Drusus, on s'en souvient, avait eu recours à la même tactique.

En attendant que la flotte fût prête, Germanicus envoya

Page 1