‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 108 sur 211 · CIVILIS · texte numérisé non relu

CIVILIS

A la suite des campagnes de Germanicus, la Germanie corrigée, sinon domptée, demeura en repos ; mais elle avait besoin d'être étroitement surveillée et sa frontière bien gardée. On fortifia l'île des Bataves et quelques points de la côte frisonne; pour garder le pont de Wesel, auprès de l'embouchure de la Lippe, la garnison des Xanten {Castra Vetera) fut augmentée ; les ponts de Cologne, de Bonn, de Mayence furent protégés par de nouvelles redoutes. Par toutes ces mesures, la piraterie put être réprimée et la sécurité de la navigation assurée au commerce. En même temps, quelques tribus de la rive droite acceptèrent l'alliance romaine en échange de la tranquillité qu'on leur garantit.

Les Romains se trouvaient ainsi en situation d'intervenir promptement contre toute tentative de soulèvement des deux côtés du Rhin. La révolte qui, en l'an 21, eut pour chefs le Trévire Julius Florus et l'Éduen Julius Sacrovir, fut facilement localisée et vainement les insurgés, exploitant les mécontentements provoqués par la surcharge des impôts, essayèrent de raviver les vieux souvenirs de l'indépendance gauloise. Ce fut même un autre Trévire, Julius Indus, qui rétablit l'ordre au nom des Romains.

Les annalistes, après avoir consigné, en l'an 28, un mouvement chez les Frisons, vite réprimé, racontent complaisamment les folies de Caligula qui afficha l'ambition de reprendre pour son compte, sur la rive droite du Rhin, le rêve de conquête caressé par ses prédécesseurs.

Il vint franchir le fleuve à Mayence, et déploya aux regards des Barbares terrorisés, le défilé théâtral d'une armée de plus de 200.000 guerriers. Puis, il fit mine de marcher, par la forêt, vers l'intérieur du pays ; cette démonstration lui suffit pour triompher à Rome, où ilexhiba, dit-on, quelques hommes déguisés en Germains; après quoi, il déclara la Germanie captive.

Suétone ' prétend que Galigula, revenu sur le Rhin après sa courte campagne de Bretagne, et ne sachant à qui s'en prendre pour avoir l'air de faire une expédition, « ordonna à quelques Germains de sa garde de passer le Rhin et de se cacher sur l'autre rive ; après quoi, il se fit annoncer après diner, avec grand fracas, que l'ennemi approchait. Gela fait, il s'élança avec ses amis et une partie de la cavalerie prétorienne, dans la forêt voisine ; des arbres furent coupés et disposés en manière de trophées; Gaius, revenant aux flambeaux, gourmanda la poltronnerie de ceux qui ne l'avaient point suivi » .

Puis, ce sont d'autres farces de comédie que Suétone prête à Caligula; il va jusqu'à raconter que pour terminer la guerre « Gasius mit son armée en ligne sur le rivage de l'Océan, disposa les balistes et les machines de guerre, sans que personne devinât ce qu'il allait faire ; et tout à coup, il commanda aux soldats de ramasser des coquillages et d'en remplir leurs casques et leurs poches: c'étaient, disait-il, les dépouilles de l'Océan; on les devait au Capitule et au palais des Césars ». Ces calomnies et ces invraisemblables puérilités sont complétées par quelque dédaigneux sarcasme sur la construction, pourtant si utile, du phare de Boulogne. La démonstration de Galigula sur le Rhin fut-elle donc aussi ridicule que les annalistes veulent bien le dire ? il est permis d'en douter ; elle servit du moins à maintenir les Barbares dans une crainte salutaire.

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