Tacite, Annales, XIII
cette terre comme si c'eût été une possession de leurs aïeux. » Les Romains ne l'entendaient point ainsi. Le gouverneur de la Germanie inférieure, Vibius Avitus, qui avait succédé à Paulinus les invita, comme jadis César, les Helvètes, à retourner chez eux; en cas de refus, il les menaça du ressentiment des Romains. à moins que l'empereur consentit à leur céder les terres qu'ils avaient indiscrètement usurpées. En conséquence, Yerritus et Malorix décidèrent de s'adresser à Néron et se mirent en route pour Rome.
« Arrivés dans la capitale, raconte Tacite, tandis que Néron, occupé à d'autres affaires, leur faisait attendre son audience, des officiers chargés de distraire les deux rois barbares et de les promener par la ville, les menèrent au théâtre de Pomp.'e, pour leur faire admirer l'immense foule qu'il contenait. Là, tandis que, par désœuvrement, — car la pièce qu'on jouait et à laquelle ils ne comprenaient rien, n'avait pour eux aucun intérêt, — ils contemplaient l'assemblée, s'informant, à la vue de la variété des costumes, de la distinction de chaque ordre, de la place réservée aux membres de l'ordre équestre, ou aux sénateurs, ils remarquent dans les rangs des sénateurs, quelques habillements étrangers. Ils demandent ce que c'est. On leur dit que ce sont des députés de quelques nations lointaines, et qu'on accorde cet honneur à ceux de ces peuples qui se sont distingués par leur bravoure et par leur fidélité pour les Romains. « Eh bien, s'écrient-ils, il n'y en a point de plus brave ni de plus fidèle que les Germains » ; ils se lèvent et vont s'asseoir parmi les sénateurs : ce qui fut applaudi par tous les spectateurs comme la saillie d'une franchise antique et l'effet d'une louable émulation1. »
Néron leur accorda audience et décerna aux deux rois le titre de citoyen romain; mais il refusa la concession des terres et il exigea que les Frisons reprissent le chemin de leurs grèves désolées. On eut de la peine à les y contraindre, et il fallut envoyer un corps de cavalerie pour les expulser.
Mais les terres redevenues désertes ne pouvaient manquer de