‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 115 sur 211 · Mommsun, Histoire romaine, t. IX, p · texte numérisé non relu

Mommsun, Histoire romaine, t. IX, p

plusieurs endroits. C'est ainsi que l'armée de Civilis se grossit, soudain, de Cattes, de Mattiaques, de Tongriens, de Bructères, de Tenctères, de Ghauques, de Triboques, de transfuges romains. Le corps discipliné des huit cohortes bataves qui avait déterminé la victoire de Bédriac en formait le noyau le plus solide. Alors, Velléda en personne, qui n'avait jamais quitté la forêt et dont nul n'avait jamais aperçu les traits, accourt au camp de Civilis. Elle fanatise les insurgés, prédit la victoire des Barbares et l'écrasement des légions. Celles-ci furent battues, en effet, auprès de Bonn ; leurs débris trouvèrent avec peine un refuge momentané derrière les retranchements de Vetera Castra, qui fut investi par les hordes Bataves. Parmi les prisonniers romains, les uns furent envoyés en Germanie, commme cadeaux aux chefs des tribus ; d'autres, attachés aux arbres de la forêt des Ardennes, servirent de cible au jeune fils de Civilis qui s'exerçait au tir de l'arc.

Enivré par le succès, le chef Batave conçut l'espoir de soulever la Gaule tout entière. Les Gallo-Romains, très perplexes, se trouvaient ballottés entre deux sentiments contraires. Par fierté, ils désiraient reconquérir leurindépendance nationale, mais ils l'eussent voulue sans les Germains, et Civilis traînait à sa remorque une invasion de Barbares. Après bien des hésitations, Vespasien n'étant point connu dans les Gaules, le parti de l'indépendance l'emporta et les plus influents des Gaulois prêtèrent l'oreille aux suggestions de Civilis : Galli sustulerunt animos, dit Tacite.

Bientôt, à la nouvelle de l'incendie du Capitole, les Druides, ces irréductibles défenseurs de la nationalité gauloise, annoncent que les dieux abandonnaient Rome : « Les derniers jours de Rome sont venus, répétaient-ils, ceux de l'empire gaulois commencent. A présent, c'est aux nations transalpines de régner. » A Cologne, les chefs des corps auxiliaires, Julius Sabinus, originaire du pays des Lingons, les Trévires Julius Tutor et Julius Classicus se joignant à Civilis, appellent tous les Gaulois à la révolte, croient à la résurrection de la Gaule, font prêter serment par leurs soldats à « l'empire des Gaules ». La plus grande partie de la Belgique est en armes et acquise à la cause de la liberté et de l'indépendance.

Seulement, l'intervention des Germains effrayait les esprits réfléchis et, d'autre part, Civilis et ses bandes germaines sentaient bien que, malgré tout, ils avaient pour ennemis ces Gaulois dont il s'agissait, non point de conquérir les sympathies, mais bien plutôt de dévaster le pays et de piller les richesses. Gomme gage de leur intervention, les chefs gaulois demandent à Civilis et à ses Bataves de prêter serment « à l'empire des Gaules ». Givilis et les Bataves refusent: ils aimèrent mieux, dit Tacite, se fier aux Germains. Ils annoncèrent même qu'ils allaient entrer en lutte avec les Gaulois ; ils disaient tout haut que la Gaule n'était bonne qu'à leur servir de proie1. Dès lors, la cause de l'indépendance gauloise, prise entre deux feux, était vaincue d'avance. Ce qui lui manqua par- dessus tout ce fut un véritable chef, un chef gaulois. Les députés de tous les peuples de la Gaule se réunirent à Reims, la capitale des Rèmes, pour « délibérer en commun sur ce qu'il fallait préférer, de l'indépendance ou de la paix ». Tandis que le Trévire Julius Valentinus prêche la révolte, le Rème Julius Auspex conseille la soumission. Ce dernier montre « les Germains, depuis deux siècles, les bras tendus vers la Gaule, poussés contre elle par tous les genres de convoitise et n'attendant que l'insurrection des Gaulois contre Rome, pour inonder la Gaule et la mettre à rançon2 ».

Après avoir calculé les avantages de la paix et de la suprématie romaine et les risques que ferait courir l'indépendance, l'assemblée des délégués « déclara solennellement, au nom de la Gaule entière, qu'elle demeurait attachée à Rome ». Elle enjoignit aux Trévires qui restaient seuls soulevés, de déposer les armes et de rentrer dans l'obéissance. Puis, beaucoup de Gaulois s'armèrent spontanément pour la défense de l'Empire. Civilis, vaincu une première fois, se refit une nouvelle armée en Germanie ; en fait de Gaulois, il n'avait plus avec lui que les Trévires de Classicus et de Tutor et les Lingons de Sabinus.

En 70, Vespasien envoya pour rétablir l'ordre, son parent, Pctilius Cerialis. Les paroles que ce chef habile prononça pour

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