‹ Le Rhin dans l'histoireChapitre 116 sur 211 · Tacite, Hist., IV · texte numérisé non relu

Tacite, Hist., IV

ramener les Trévires et les Lingons dans le devoir sont à retenir : « Quand nos généraux sont venus en Gaule, dit-il, ce ne fut point par esprit de cupidité, mais à la prière de vos ancêtres ; leurs dissensions meurtrières les épuisaient, et les Germains qu'ils avaient appelés, posaient déjà sur leur tête, à tous, amis ou ennemis, le joug de la servitude. Rappelez-vous nos succès sur les Cimbres et les Teutons, nos exploits glorieux contre les Germains. Si nous avons occupé les rives du Rhin, ce n'est point pour protéger l'Italie, mais pour empêcher un nouvel Arioviste de vous opprimer. Croyez-vous que Civilis, ses Bataves et les Germains d'aujourd'hui auront pour vous plus d'égards ? Les mêmes motifs d'invasion subsisteront toujours pour les Germains, la débauche, la cupidité, le besoin d'émigrer. Toujours on les verra quitter leurs solitudes et leurs marais {paludibus et solutidinibus) pour asservir vos campagnes si fertiles et vos personnes. Ne vous laissez pas éblouir par ces beaux noms de liberté et d'affranchissement... Nous ne vous demandons, pour prix de nos victoires, que les moyens de maintenir la paix pour vous ; or, pour avoir la paix, il faut des soldats ; pour des soldats il faut une solde ; pour constituer cette solde, un tribut. Le reste est commun entre nous. Vous-mêmes, le plus souvent, vous commandez nos légions ; vous-mêmes, vous gouvernez ces provinces ou d'autres. Nul privilège, nulle exclusion... Si l'empire romain venait à disparaître, que verrait-on sur la terre, si ce n'est la guerre universelle. Il a fallu huit cents ans d'une fortune et d'une discipline constantes, pour élever ce colosse qui ne pourrait être détruit sans entraîner la ruine de ses destructeurs. Et quel peuple serait, plus que vous, en péril ? vous, qui êtes le plus à portée de l'ennemi, vous qui possédez l'or et les richesses que convoite l'envahisseur ? »

Les révoltés furent définitivement écrasés auprès de Trêves, par Cerialis. Dans cette grande bataille, dit Dion Cassius, le nombre des morts fut tel que le cours de la rivière, — sans doute la Moselle, — fut obstrué par l'accumulation des cadavres. Velléda, que les Germains avaient honorée d'un véritable culte, fut emmenée prisonnière à Rome. Elle passa dans la légende. Chateaubriand, comme les poètes allemands, s'empara

de la prestigieuse prophétesse des Bructères. Elle ne pouvait manquer de prendre place parmi les figures sculpturales de la Walhalla de Ratisbonne, puisqu'elle a voulu contribuer à repousser la civilisation hors de la Germanie. Ainsi glorifiée, Velléda est devenue, en quelque sorte, la prêtresse des Elfes, des Gnomes, des Fées et de tous les Waldleuten velus, hideux et bestiaux dont les futaies de la Germanie étaient pleines.

C'est à l'occasion des événements que nous venons de résumer que Tacite prononce ce mot célèbre : « Les Bataves se battent pour la gloire, les autres Germains pour le butin, les Gaulois seuls pour la liberté. » (Gallos pro libertate, Germanos ad predam) : il en est aujourd'hui toujours de même ; l'histoire se recommence éternellement, sous des aspects variés. Par cette victoire, les Germains furent refoulés au delà du Rhin et le monde occidental revit pour un temps assez long la paix romaine.

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